Mgr Anatole MILANDOU Archévèque de Brazzaville
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LA MÉMOIRE BIAYENDA


 
 
 
 

« Le rayonnement du Cardinal Emile Biayenda était du à sa façon de vivre avec les autres et par la qualité de sa vie »

Révérend Père Antoine Tangui, Prêtre Salésien

Le Père Antoine Tangui que nous avons rencontré à la Paroisse Saint Charles Lwanga à Makélékélé a exercé d’abord son premier ministère sacerdotal courant 1969 à Loango, puis à Saint Charles-Lwanga de Pointe-Noire. Ensuite, il devait être muté à Brazzaville dans les années 1980, où il a travaillé sept ans à la Paroisse Saint Michel de Ngangouoni. Après un long séjour au Cameroun, le revoilà à nouveau au Congo où il a été réaffecté par son Provincial à la Paroisse Jean Bosco à Pointe-Noire.
Dans l’interview ci-dessous, réalisée peu avant qu’il ne quitte Brazzaville pour Pointe-Noire, il se souvient encore de quelques rares fois qu’il avait pu rencontrer le bon Cardinal Émile Biayenda.

La Mémoire Biayenda : Père, vous voilà de nouveau à Brazzaville après une longue période d’absence. Ma première question, quand, pour la première fois êtes-vous arrivé au Congo ?

Père Tangui

Père Tangui : (Sourire). Il y a exactement quarante ans, plus précisément le 13 septembre 1969 que je suis arrivé au Congo, nous les avons fêtés en quelque sorte à la paroisse St Jean Bosco. « Quarante ans d’Afrique cela use, cela use, quarante ans d’Afrique, c’est très sympathique ». Ce n’est pas de la grande littérature, cela indique bien l’intérêt de cette vie, qui est presque la moitié de mon âge, puisque j’aurai mes 84 ans à la fin de cette année. Quarante ans en Afrique, plus précisément au Congo ; à Pointe-Noire, à Brazzaville et au Gabon au bon temps du Président Bongo où j’ai passé douze ans d’affilés à deux endroits, Port-gentil et à Oyem. Ensuite huit ans à Yaoundé au Cameroun. C’est là-bas que mon Provincial me demande : est-ce que cela ne vous gênerait pas de repartir au Congo ? Voilà pourquoi je suis encore revenu ici.

La M.B. : En 1969, lorsque vous arriviez pour la première au Congo, notamment à Pointe-Noire, c’est courant cette période que l’Abbé Émile Biayenda rentre d’un séjour en France au cours duquel, il obtient son doctorat en sociologie avec mention très bien. Alors Père, durant votre premier voyage au Congo, avez-vous connu l’Abbé, l’évêque puis le Cardinal Émile Biayenda ?

Père Tangui : Oui, mais pas trop. Je l’avais vu arriver à la paroisse Saint Charles Lwanga où j’étais en service. C’était-là où était installée la bibliothèque des jeunes dans le temps. Il était déjà Cardinal. C’est après son départ que j’apprenais qu’il était le plus jeune cardinal du monde, parce qu’il avait à peine 46 ans...(Eka... s’exclame-t-il). C’était quand même une reconnaissance de l’Église de Rome pour la chrétienté du Congo. Malheureusement pour lui, il a terminé sa vie sur cette terre, comme les meilleurs chrétiens par le témoignage du don de sa propre vie. J’ai lu pas mal de choses sur lui depuis par le biais du journal « La Mémoire Biayenda ». Le travail que vous faites est formidable, disons extraordinaire.

La M.B. : A propos de ce journal, qu’est-ce que vous nous suggérez ?

Père Tangui : Pas grand-chose pour la simple raison que vous avez un objectif à atteindre et une ligne éditoriale à suivre que j’ignore. Mais en découvrant ce journal, je pense à ceci : avec le nombre des mouvements d’apostolat que nous avons à Pointe-Noire, on devait assurément arriver à placer un peu plus de cinq cents exemplaires de votre publication.

A Pointe-Noire, nous avons des groupements, des « mabundus », là-aussi, il serait intéressant qu’une fois dans la semaine ou dans le mois que leurs membres lisent ce journal, au moins les paroles prophétiques du cardinal Émile Biayenda ou les témoignages faits sur lui de manière à développer une connaissance plus exacte de ce qu’a été le vénéré pasteur, que nous voulons proposer à la face du monde comme un modèle.

La M.B. : Vous venez de nous dire que vous l’avez pas trop bien connu. Mais en un laps de temps, quel souvenir gardez-vous de ce vénéré pasteur ?

Père Tangui : Lorsque j’exerçais mon ministère pastoral à Pointe-Noire, il est venu une fois nous rendre visite. Il était venu comme un simple prêtre, alors qu’il était déjà un prince de l’Église donc un Cardinal. C’est extraordinaire !

Je n’ai pas eu l’occasion d’assister à une messe présidée par lui. Je ne me rappelle plus s’il était encore revenu à Pointe-Noire, une autre fois. A cette époque, c’est Mgr Georges Godefroid Mpwati qui était l’évêque du lieu.

La M.B. : Selon vous, qu’est-ce qui fait son rayonnement au plan national et même international ?

Père Tangui : C’est sa simplicité. Il n’était pas du genre de ceux qui font de la publicité. Mais, c’est sa façon de vivre avec les autres, la qualité de sa vie qui a fait que les gens en parlent et puis ont dit : mais pourquoi ne prenons-nous pas de la peine de faire pour cet homme, ce vénéré pasteur qui a donné sa vie pour son Église et pour ses frères, un procès de béatification et de canonisation.

Chaque fois que je vois le journal La Mémoire, je le lis. Je viens d’arriver à Brazzaville, ici à St Charles Lwanga, sur ma table, j’ai deux numéros différents de la Mémoire que je viens de relire ce matin. J’ai relu son texte après la mort du Président de la République Marien Ngouabi : « A tous nos frères croyants du Nord, du Sud et du Centre... » C’est quand même un message qui n’a pas peut-être porté ou bien entendu, puis qu’après, il y a eu des troubles dans le pays. Bref, les voix des hommes ne sont pas celles de Dieu ou des Saints.

La M.B. : Un souhait à formuler ou un témoignage à faire sur le Cardinal ?

Père Tangui : Mon seul souhait, c’est que Rome nomme un autre Cardinal Congolais.

La M.B. : Avez-vous connu des gens qui ont reçu des faveurs du Seigneur par l’intercession du bon Cardinal Biayenda ?

Père Tangui : A travers votre journal que je me suis remis à lire avec intérêt pour le connaître. Je crois qu’il y a bon nombre des gens dont un prêtre qui a déjà écrit sa biographie.

C’est vrai qu’à mon âge, on ne peut plus faire de grande chose. Il serait souhaitable de trouver des gens qui accueillent un certain nombre de vos publications et qui se chargeraient de les faire ventiler dans nos différentes paroisses.

La M.B. : Une proposition concrète ?

Père Tangui : Je vous donne un exemple. A mon premier séjour à Pointe-Noire, après Loango, j’exerçais mon ministère pastoral à St Charles Lwanga. C’était une centaine de numéro de la Semaine Africaine que l’on recevait et que quelques jeunes et moi les diffusions à travers nos paroisses et même dans les bars. Maintenant que l’on est à vide de lecture, ce serait intéressant que le journal soit plus connu à l’intérieur du pays, partant de là, nos paroisses.

Les chrétiens en général ont besoin de connaître la vie de leur vénéré pasteur, le Cardinal Émile Biayenda. Ne pas seulement se contenter de la diffusion auprès des membres de la Confrérie Émile Biayenda. Il faut le mettre à la portée de tous les chrétiens. Pour cela, je vous demande de développer le système du dispatching, même à l’extérieur du pays. Surtout en cette année du prêtre, il faut que ceux de la nouvelle génération sachent comment celui que nous proposons à la face du monde comme un modèle, a vécu sur cette terre. Émile Biayenda, n’a pas été quand même un prêtre « banal ». Sa vie de jeune prêtre, d’évêque, du cardinal sans oublier son séjour à Lyon en France, indiquent bien qu’il était très apprécié par des gens.

La M.B. : Comment est vécu sa mémoire à Pointe-Noire ?

Père Tangui : Compte tenu de mon âge qui me contraint à ne pas trop sortir, mais à ce que je sache de temps en temps, il y a des réunions des doyennés où pour l’ensemble du diocèse sont organisées avec Monseigneur. En dehors des rencontres de la Confrérie Émile Biayenda, je n’ai pas beaucoup entendu parler de cela. C’est pourquoi, je vous demandais de tirer le journal à beaucoup plus d’exemplaires au moins pour ravitailler les grands centres de nos diocèses : Brazzaville, Pointe-Noire, Dolisie, Owando, Nkayi, Ouesso, Kinkala, Impfondo et aussi bien sûr dans d’autres localités du pays.

Ce que vous réalisez, ne baissez pas les bras, c’est une autre forme d’apostolat que vous faites.

La M.B. : Père, quel est votre meilleur souvenir au Congo ?

Père Tangui : (Sourire puis silence. « Eka » ! s’exclame-t-il.). C’est difficile à dire. J’ai travaillé en quatre endroits au Congo, d’abord à Pointe-noire : Loango trois ans, Saint Charles Lwanga trois ans et Saint Jean Bosco deux ans. Après, je suis venu à Brazzaville où j’ai travaillé pendant sept ans à Saint Michel de Ngangouoni. Après une période d’absence, je reviens de nouveau au Congo.

Lorsque je venais d’arriver au Congo dans les années 1960, il n’y avait très peu de prêtres congolais, ou africain, nous étions tous des « mindélés » : des Spiritains, des Salésiens. Maintenant, c’est l’inverse. Il y a plus de Congolais que nous autres. C’est pour vous dire que les 125 ans d’évangélisation ont porté leurs fruits. Et, Linzolo a été pour moi un grand temps qui restera gravé dans ma mémoire, car nous y sommes allés à pieds depuis la paroisse Saint Michel de Ngangouoni, lors du centenaire de l’évangélisation. La grotte et l’assemblée de ce jour-là, ce sont des choses qui m’ont marqué.

La M.B. : Père nous arrivons au terme de notre entretien, votre mot de la fin ?

Père Tangui : « Yérusalem toma yangalala, Mpungu Nzambi é lolo we ka mu nge, yangalala, toma yangalala, yangalala toma yangalala a », voilà comment je le traduis : « Jérusalem, le royaume de Dieu avance, cela met de la joie pour tout le monde même que l’on devient âgé ».

Merci pour le travail que vous faites afin de faire connaître à la nouvelle génération notre bon pasteur, Émile Cardinal Biayenda. Merci.

Propos recueillis par
Grégoire Yengo Diatsana


 
 
 
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