Mgr Anatole MILANDOU Archévèque de Brazzaville
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LA MÉMOIRE BIAYENDA


 
 
 
 

L’humilité est la première des vertus chrétiennes

Chers frères et sœurs,

Nous avons déjà célébré beaucoup de Noël depuis que nous sommes devenus chrétien, mais avons nous jamais médité depuis que nous visitons les crèches les précieuses et émouvantes leçons que nous fait l’Enfant-Dieu !

Il est humilité : pour nous en devenant homme. Le Dieu Tout-Puissant pour notre bonheur vient se placer parmi les hommes en se choisissant le dernier des rangs.

Il vient, détaché de tout, naissant d’une famille pauvre dans un petit village obscur et méprisé, d’une nation méprisée, détestée d’autres nations. Il naître en cours de voyage dans une étable. Ses premiers adorateur après ses parents seront de pauvres bergers ; les mages ne viendront qu’après et de loin. Le roi puissant, dont le royaume n’aura jamais de fin (crepirs regnum) fuira le roi mortel en des confiant uniquement à ses parents.

Il s’y fait petit et faible, lui le roi éternel, lui le Dieu des armées qui ressuscitera des morts, montera au ciel et reviendra dans sa grande magnificence juger les vivants et les morts. Il est là enveloppé de langes, pleurant comme nos bébés, tétant comme eux apparemment incapable de tout. Il passera jusqu’à l’âge de mourir pour nous à travers toutes les étapes de la vie humaine.

Il est simple, n’exige rien entièrement soumis à son Père, nous attirant ainsi les plus grandes lumières de notre vie.

Et nous, où en sommes-nous ? Comment sommes-nous sincères avec nous-mêmes, avec le prochain et notre Dieu. Ne sommes-nous pas le culte de notre vie. Ne cherchons-nous pas un peu partout nos propres intérêts. Examinons-nous bien sincèrement devant la crèche et imitons Jésus.

Il s’abandonne à ses parents, c’est un abandon filial, joyeux, doux, paisible. Nous nous montrons difficiles, délicats ; nous nous plaignons, nous critiquons tout et ne sommes content de rien. Ne faisons pas pleurer ainsi Jésus par manque d’abandon et de confiance. Demandons à Marie ces vertus. Qu’elle nous garde petits ou nous le refasse.

Marie, aidez moi à ne rien refuser, ni à Jésus appelez-moi à aller à vous en toute confiance. Sonnez-moi de vous associer à toutes mes entreprises tout spirituelles que temporelles, pour ne point m’inquiéter de rien, pas même de mon avenir, ni de mon éternité, d’atteindre Jésus par vous et pour moi, et pour les autres.

Que l’année qui commence dans quelques jours soit pour moi une année de simplicité et d’amour pour votre Fils et pour vous. Donnez-moi d’être fidèles à la règle, de me paraître au dehors que ce que je suis intérieurement et de ne jamais rien faire en matière de spiritualité qui n’attire le regard des autres, ou me fasse illusoirement l’idée d’être quelque chose, pauvre, rien et néant que je suis.

La vertu d’humilité

Pour en savoir quelque chose, adressons-nous à Jésus lui-même qui est venu nous révéler par tout son être. Il est l’humilité palpable, incarnée. « Discite a me quia seim humilis corde ».

Si vous êtes humbles de cœur, vous trouverez la paix du cœur, car elle est le fruit authentique de l’humilité.

Suis-je humble ; Suis-je dans la paix ? Sinon je ne suis pas humble. Si oui, c’est que je réalise dans ma vie, l’humilité.

La paix est un fruit de conscience constable par un chacun. La paix n’est pas l’insouciance engendrée par l’étourdie. C’est la tranquillité de l’ordre.

L’ordre est une des idées fondamentales de notre esprit. Il y a de l’ordre quand chaque chose est à sa place.

Suis-je à ma place ? La seule qui est la mienne est celle ou Dieu me veut. Ailleurs, c’est une place usurpée mais là ou Dieu me veut, est-ce que je m’y plais ? Si oui, mon âme est en prière.

Quelle a été ici-bas, la place de Notre Seigneur : la crèche et la croix. Il a occupé une peau indigne de Lui, dirons-nous et cela parce que nos vues ne sont pas celles de Dieu, car cette place lui était souverainement digne. C’est la place du Roi des rois. A nous de réformer donc notre manière de voir et de nous laisser toucher par cette magnificence. Une existence est grande dans la mesure où elle est unie à Dieu. Dieu a agi ainsi pour nous montrer ce qu’il nous fallait faire dans ce domaine.

Ce que Dieu demande de nous, est que nous soyons là où il nous veut et que nous soyons là où il nous veut en faisant ce qu’il nous demande de faire. Tout le reste est vanité et mensonge.

L’humilité est la vertu qui fait que nous ne voulions pas autre place que celle ou Dieu nous veut et d’y faire ce qu’il veut de nous.

Dieu ne nous abaisse et ne nous rabaisse en étant humble.

L’humilité c’est la vérité

.

Nous sommes dans la vanité quand nous reconnaissons que tout ce qui est de nous est don de Dieu. Suis-je dans la vanité sur le plan invisible ou visible de Dieu.

Sur le plan invisible, ce que Dieu demande de moi, c’est de ne plus rester sur place, mais d’avancer, de courir, faute de quoi, on recule. Je suis en paix quand mon âme va toujours vers Dieu. « Feciste nos ad te at inquietum est cor nostrum donec requiescat in te » (Cf LI).

Ma grande préoccupation est-elle d’avancer toujours, d’acquérir les vertus théologiques de Toi, d’Espérance et de charité.

Sur le plan visible : Patère, famille, vocation, séminariste, charge... constituant la place que j’occupe sur le plan visible. Est-elle la mienne ? Si oui, quelle est mon attitude. Si c’est là que Dieu me veut, je ne dois rien désirer par ailleurs. Si au contraire, je n’y suis pas content, je ne suis qu’un orgueilleux et la paix ne peut être avec moi, car elle n’est pas donnée aux impies. « Il n’y a peu d’âmes vraiment pacifiées même dans le monde religieux, disait une prieure d’un couvent, parce qu’il y a très peu d’âmes humbles ».

Être humble, c’est être à sa place. C’est l’humilité qui ouvre aux âmes le chemin du ciel. « Euge serve bone, quia pauca fuiste didelis, intra in gaudium Domini tui ».

Le vénérable Père Libermann sur son lit de mort disant encore : Dieu c’est tout, l’homme c’est rien, il avait vraiment compris que la paix était ce qui ouvrait le ciel aux âmes.

En effet, l’humilité accompagnera les élus jusqu’au ciel où elle se transformera en grande et magnifique reconnaissance envers leur Dieu.

Concluant en rendant témoignage de cette grande vertu en la personne du Saint Curé d’Ars, il a été humble, lui le pauvre curé d’Ars, car il a réalisé en tout son être que tout était don de Dieu. Aussi après sa mort plus 300 prêtres et une foule innombrable des pèlerins accompagnèrent-ils son corps à sa dernière demeure. Ce fut un triomphe. « Et exhaltavit humilis... » Ce fut encore plus à sa canonisation, car 200 évêques, 35 cardinaux et une foule à jamais immense s’assemblèrent sur la place Saint Pierre pour ce grand triomphe.

C’est encore en comparaison du bonheur des élus l’humble Vierge Marie qui depuis deux mille ans a été glorifiée en son âme et en son corps.

L’humilité est la première des vertus chrétiennes, car elle est vérité et amour qui sans borne s’étend toujours. Elle doit nous tenir à cœur, elle doit nous guider sur notre chemin pour accomplir chrétiennement, pour nous unir au Christ.

Émile BIAYENDA,
Écrits du 2 Janvier et du 6 Février 1953,
au Grand Séminaire Libermann

 


 
 
 
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