Mgr Anatole MILANDOU Archévèque de Brazzaville
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LA MÉMOIRE BIAYENDA


 
 
 
 

« Merci de m’avoir offert votre dévouement »

Cardinal Émile Biayenda, aux paroissiens de Notre-Dame du Rosaire, le 29 février 1976, à l’occasion du 3e anniversaire de son Cardinalat

Mes bien chers Frères,

L’année dernière, c’était le Dimanche, 1er Jour de la fête Dieu, que nous étions ici pour conférer le sacrement de confirmation aux jeunes chrétiens de cette paroisse.

Ce jour-là, nous étions aussi en deuil à cause de la mort de notre tante, victime d’un accident de circulation de la route.

A Noël, nous avons désiré être ici, pour la messe du jour mais une invitation au Tchad, pour deux ordinations sacerdotales, nous ont empêché d’être présent. Et pourtant, Notre Dame a été retenue cette année, le 14 mars, pour la profession religieuse de nos trois jeunes Frères de Saint Joseph et le 4 Juillet, pour l’ordination sacerdotale de Monsieur l’Abbé Emile BITSINDOU, sans compter que le 12 Juin auront lieu, ici, les confirmations de l’année.

Il aurait été amplement suffisant d’être ici à ces dates, mais voilà que votre clergé et votre Conseil Paroissial fort de votre complicité à tous, ont tenu à ce que le rendez-vous manqué de Noël vous soit restitué, aujourd’hui. Et moi, faute de raison pour me disculper, je me suis rendu à votre désir.

Ce matin, tout en vous remerciant de votre démarche, je suis heureux de prier avec vous, d’offrir la sainte messe pour vous tous, présents ou absents, vivants ou retournés à la maison du Père.

J’accepte votre programme et reste avec vous toute la journée de ce Dimanche.

Vous avez aussi voulu m’offrir votre prière et tout votre dévouement, en souvenir et en anticipation de ce troisième anniversaire où, sans aucun mérite de ma part, il a plu au Souverain Pontife d’élever au Cardinalat le siège métropolitain de Brazzaville. De tout mon cœur ; je vous en remercie, bien sincèrement.

Que vous dire, chers Frères, en la circonstance qui nous réunit, en ce moment, si ce n’est en remercier le Seigneur de nous arrêter et de réfléchir sur sa Parole. Le Seigneur a quelque chose à nous dire ; Il a une mission à nous confier. Nous venons d’entendre le récit de la pêche miraculeuse et de l’appel des 4 premiers disciples par Notre Seigneur.

Aux premiers temps de l’évangélisation en Palestine, par le Seigneur lui-même, il venait des foules, comme aussi avec nos premiers missionnaires. Il y avait très peu de paroisses. Ici, à Brazza ville, tous courraient à la Cathédrale. Ailleurs, ils allaient à Linzolo, à Mbamou.

Jésus choisit la barque de Simon pour être plus à l’aise à donner sa prédication aux foules qui le pressent de toutes parts.

S’étant assis dans la barque, Il enseignait les foules. C’est après sa prédication, que Jésus demande à Simon d’aller en eau profonde et de lâcher les filets pour la pêche.

Simon nous le dit : « toute la nuit, ils ont travaillé sans rien prendre ». A quoi bon se fatiguer ? Cependant, Simon ne perd pas le nord, il connaît celui qui lui demande de recommencer. C’est Jésus de Nazareth, celui là qui a guéri l’autre jour de la forte fièvre à laquelle a été en proie sa propre belle-mère.

« Maître, nous avons peiné toute une nuit, sans rien prendre, mais sur ta parole, je vais lâcher les filets ». Et l’ayant fait, ils capturèrent une grande multitude de poissons et leurs filets se rompaient.

Ils firent signe alors à leurs associés qui étaient dans l’autre barque de venir à leur aide... les deux barques remplies, menaçaient de s’enfoncer. A cette vue, Simon Pierre se jeta aux genoux de Jésus, en disant : « Éloigne-toi de moi, car je suis un homme pêcheur ! ».

Chers Frères et Sœurs, chers jeunes,

Nous venons de suivre, avec beaucoup d’attention, ce récit de la pêche miraculeuse qui fut utilisée par le Christ, pour appeler définitivement à sa suite ses quatre premiers disciples : les deux frères, Pierre et André, et les deux autres frères Jacques et Jean, fils de Zébédée et compagnons de Simon Pierre.

C’est un épisode important qui explique l’honneur que Dieu fait à l’homme en l’associant à l’œuvre du salut dont Dieu seul a l’initiative du début et de la fin. Dieu qui a envoyé son Fils pour sauver, en puissance, l’humanité, a aussi associé tous les hommes et chaque homme à collaborer à leur salut et à celui de leurs frères.

Pierre, tout seul ou avec ses compagnons, n’ont rien capturé toute la nuit. Avec Jésus, avec Dieu, sous sa parole, ils connaissent la joie d’une pêche très fructueuse.

Ainsi pour la réussite de notre vie et surtout de notre apostolat portant sur la conversion des hommes et leur retour sur la bonne voie, il nous faut agir, mais en étant branchés sur Dieu et en comptant beaucoup sur sa grâce, sans pour autant diminuer le mérite de nos efforts.

« Sur ta parole, je vais lâcher les filets », écrit Saint Luc. Il faut l’union des deux éléments : la grâce d’en haut, le travail humain d’en bas, la cause première et la coopération des causes secondes. Jésus aurait pu, sans plus de difficultés, faire remonter d’eux mêmes les poissons sur le rivage ; Il ne l’a pas voulu ; Il a donné ordre aux hommes de prêter leur concours. Saint Paul dit « Ni celui qui plante n’est quelque chose, ni celui qui arrose, mais celui qui donne la croissance, Dieu ». (l Cor.3,7).

Dieu fera fleurir la graine, Dieu créera la vie, mais la graine est déposée par l’homme. « Nul ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire ». (Jn. 6,44), a dit Jésus ; voilà l’élément surnaturel et essentiel du problème de notre apostolat. Mais le Seigneur a donné aussi cet ordre : « Allez donc, de toutes les nations faites des disciples » (Mt28, 19) ; « Proclamez la bonne nouvelle à toute la création » (Mc16, 15) ; l’élément humain. Dieu a créé l’homme sans l’homme, selon la phrase de Saint Augustin, mais il ne le sauve pas sans sa coopération.

Ainsi, Dieu veut sauver toutes les nations, mais Il veut le faire, grâce à la coopération des hommes. En cela réside la grandeur sublime et la raison profonde du mandat missionnaire que chaque baptisé a reçu du Seigneur ; reçoit de l‘Église et de sa paroisse, ou de son mouvement d’apostolat approuvé par l’Évêque.

Chers Frères, c’est clair que le Seigneur a voulu associer des hommes à sa mission d’évangélisation. Les touts premiers furent au nombre de 4 et nous savons que les apôtres furent au nombre de 12. Aujourd’hui, leurs successeurs, c’est-à-dire les Évêques, en communion avec le Souverain Pontife, sont plusieurs milliers. Le Fils de Dieu continue d’appeler. Il appelle les hommes de tout âge à son service et à celui de leurs frères. Notre Église locale continue d’appeler...

Devant l’émerveillement de la pêche miraculeuse, Pierre se reconnut pêcheur et tomba à genoux aux pieds du Seigneur. Demandons au Christ par Pierre, l’esprit d’humilité, de confiance en Dieu et de prière. Oui, que les événements de l’histoire de notre temps et ceux de notre vie privée au foyer ou en famille portent la prière et la fidélité à notre Dieu...

Amen !

 

Cardinal Émile Biayenda

 


 
 
 
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