Mgr Anatole MILANDOU Archévèque de Brazzaville
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LA MÉMOIRE BIAYENDA


 
 
 
 

Le Cardinal Émile Biayenda était lui-même un bon pasteur

« Le Cardinal Émile Biayenda était lui-même un bon pasteur »

Ancien missionnaire, ayant travaillé au Congo, plus précisément au Grand Séminaire Libermann, le Père Rolland se rappelle encore de ce vénéré pasteur que fut, Émile Cardinal Biayenda. Dans le texte ci-dessous, il nous parle de cet homme d’Église, cet artisan de paix, ce pasteur, qui était d’une grande simplicité, d’une grande cordialité. Enfin, il nous décrit le comportement que le Cardinal Émile Biayenda afficha le jour de son martyre

déclare le Père Philippe ROLLAND.

C’est au début de 1973, que j’ai rencontré pour la première fois le Cardinal Émile Biayenda. Il venait de Rome, où le Pape l’avait fait Cardinal, mais il était surtout préoccupé de la formation des prêtres du Congo. Il venait me demander de participer à la formation des prêtres.

Je me souviens d’un article qu’il avait écrit dans une revue missionnaire. Il y disait : Nous le savons, le prêtre est un autre Christ. Il est la présence visible du Christ parmi nous » C’est à cause de cette conviction que le Cardinal voulait que les prêtres congolais soient bien formés, afin qu’ils deviennent de bons pasteurs.

Le Cardinal était lui-même un bon pasteur. Il était d’une grande simplicité, d’une grande cordialité. Lorsqu’il venait en France, il allait visiter chacune des familles des prêtres qui travaillaient dans son diocèse. Quand je suis venu travailler au Congo, il a demandé à une personne qui se rendait en France de venir visiter ma famille, en lui donnant notre adresse. Plusieurs années plus tard, lorsque j’ai quitté le Congo, cette personne m’a retrouvé, et m’a montré la carte que le Cardinal Biayenda lui avait écrite dans ce but, et qu’elle a toujours conservée dans son sac depuis ce jour.

Le Cardinal était un homme de paix. Lorsque le Congo s’est donné un gouvernement marxiste et a fermé les écoles religieuses, interdit tous les mouvements de jeunes chrétiens, il s’est gardé de déclarer la guerre. Il a obtenu des religieuses étrangères qu’elles restent dans le pays, non plus pour faire l’école, mais pour se consacrer à la catéchèse. On a vu alors se former de nombreux groupes de servants de messe, jusqu’à 150 dans une même paroisse, qui apprenaient à connaître le Christ dans un cadre nouveau, sans faire de bruit, sans uniforme, mais avec ferveur. Et c’est pour féliciter le Congo de cette paix dans l’épreuve que le Pape a nommé Cardinal le chef de l’Église de ce tout petit pays. Comme Jésus l’a dit lui-même, « le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis ». Il a été demandé par le Seigneur à Émile Biayenda de donner sa vie pour ses brebis. Je rappelle quelques faits.

Le 18 Mars 1977, le Président Marien Ngouabi était assassiné. Dans les jours qui ont suivi, des rumeurs ont accusé le Cardinal de lui avoir retiré ses fétiches. Son nom figurait sur des listes de personnes qui devaient être éliminées. Pour ramener le calme, il avait réuni les principaux chefs religieux du pays pour faire une déclaration commune. C’est au sortir de cette réunion que je l’ai vu pour la dernière fois. J’ai évoqué les menaces qui pesaient sur lui, et il s’est contenté de sourire. Une voiture militaire s’est alors présentée pour le prier de venir à l’État-major. Par souci de paix, il a accepté d’y monter. L’Abbé Badila, son Vicaire Général, a essayé de le suivre, mais il a été bloqué par des embouteillages. Dans la nuit, le Cardinal était assassiné.

Une personne bien informée a témoigné que depuis son arrestation jusqu’à sa mort, Émile Biayenda n’a prononcé qu’un seul mot : « Jésus, Jésus... » !

Lors de ses obsèques, une énorme banderole portait ces simples mots : « Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis ». Et c’est bien vrai que cette mort fut la dernière. La guerre civile fut alors évitée pour de nombreuses années.

La terre africaine a depuis longtemps ses martyrs. Ce ne sont pas seulement les missionnaires qui fondent l’Église dans un pays, ce sont aussi les saints qui sont nés sur son sol.

Dans l’année qui a suivi la mort du Cardinal, plusieurs jeunes sont rentrés au séminaire, pour continuer son œuvre.

Ce que nous devons maintenant demander au Seigneur, c’est que se lèvent au Congo de nouveaux pasteurs. Comme dit les Écritures Saintes, un prophète qui s’en va doit être remplacé par un autre prophète. Élie a consacré Élisée comme prophète à sa suite. Un pasteur qui nous quitte sera remplacé par d’autres pasteurs. Prions pour que ceux-ci soient des hommes de paix, des hommes simples et amicaux, et qu’ils n’aient pas peur, s’il le faut, de donner leur vie pour les brebis qui leur sont confiées.


 
 
 
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