Mgr Anatole MILANDOU Archévèque de Brazzaville

mercredi 16 janvier 2019

LA MÉMOIRE BIAYENDA


 
 
 
 

Autopsie religieuse sur les antivaleurs

Les mouvements d’apostolat : le comportement des responsables et le lancinant phénomène d’argent

Suite du numéro 202 de la mémoire biayenda

 
La première partie de l’exposé de M. l’Abbé Mesmin Prosper Massengo sur les antivaleurs concernait plus les ouvriers apostoliques. Dans cette seconde partie que nous publions, l’accent est plus mis sur les mouvements d’apostolat : le comportement des responsables ainsi que le lancinant phénomène d’argent.

Mgr Anatole Milandou au centre, entouré des abbés Yvon Bienvenu Mabandza et Mesmin Prosper Massengo

2) Les Mouvements d’apostolat et l’argent

Le canon 1263 dit ceci : «  L’Évêque diocésain a le droit, après avoir entendu le conseil pour les affaires économiques et le conseil presbytéral, de lever pour les besoins du diocèse, sur les personnes juridiques publiques soumises à son gouvernement, un impôt modéré, proportionnel à leurs revenus ; aux autres personnes physiques et juridiques, il lui est seulement permis d’imposer, en cas de grave nécessité et dans les mêmes conditions, une contribution extraordinaire et modérée, restant sauves les lois et coutumes particulières qui lui accorderaient des droits plus étendus ».

Le canon 319, parlant explicitement de l’argent dans les Associations, est ainsi libellé : « §1 L’association publique légitimement érigée, sauf disposition autre, administre selon les statuts les biens qu’elle possède sous la haute direction de l’autorité ecclésiastique dont il s’agit au canon 312, § 1, et elle doit lui rendre compte annuellement de son administration. § 2. Elle doit également rendre un compte fidèle à la même autorité de l’emploi des offrandes ou aumônes reçues ».

De la lecture et l’analyse de ces deux canons fondamentaux, nous pouvons déduire que tous les Mouvements d’apostolat qui imposent des cotisations mensuelles, annuelles ou autres, le font abusivement.

Car, selon le droit de l’Église, les seuls moyens de constituer le patrimoine pour les Associations publiques des fidèles, est celui d’accueillir des offrandes et des aumônes dont la gestion doit être explicitée à l’autorité diocésaine, nationale ou universelle suivant l’érection qui a été faite.

Faisons donc attention à des instruments abusifs que nous nous sommes créés comme premier, deuxième ou troisième cahiers dans certains Mouvements d’apostolat.

Il nous faut un recadrage. Nous essaierons de revenir là-dessus dans la dernière partie de notre réflexion.

Beaucoup de membres de certains Mouvements d’apostolat les ont désertés à cause des difficultés de se mettre à jour dans ces cotisations abusives et que nous devrions courageusement revoir.

3) La pratique de la loi du Talion comme antivaleur dans les Mouvements.

Conséquence logique, en partie de ce qui précède, il y a une réalité qui s’est royalement installée dans les Mouvements d’apostolat, c’est ce langage : la personne ne se faisait plus voir, elle ne participait plus aux activités du Mouvement d’apostolat, ou elle n’était pas à jour avec les cotisations, quand elle tombe malade, pas d’assistance quelconque. Et, si elle décède, nous ne pouvons rien faire, même pas aller prier ou chanter à sa veillée.

Quel est le témoignage que nous livrons, agissant ainsi, aux membres de la famille du disparu ?

Dans l’Archidiocèse de Brazzaville, c’est œil pour œil, dent pour dent...

Un tel comportement est-il affiché pour punir le défunt ou pour mettre plus le désarroi en la famille éplorée ?

C. La pratique des frais scolaires excessifs comme antivaleur.

L’Église s’est toujours présentée comme Mère et Enseignante. Comment peut-elle jouer ce rôle si les Écoles catholiques, qui devraient être les centre de relais de cette identité et vocation de l’Église sont plus devenus des lieux de commerce ou pour amoindrir nos propos des espaces de lucre, où le coût exorbitant des frais scolaires pénalise les enfants des familles modestes.

Notre École catholique serait-elle devenue discriminatoire ou sélective.

L’Archidiocèse de Brazzaville, par l’intermédiaire de l’Archevêché de Brazzaville, devrait agir de façon conséquente pour changer le cours des choses.

III. Pour une éradication des antivaleurs.

La logique pourrait nous amener à répondre point par point, pour détruire ces antivaleurs ; ce qui serait tout à fait juste. Mais, considérant le rôle des uns et des autres, dans l’éclosion de ces antivaleurs érigés paradoxalement en valeurs, il faut avant véritablement conversion.

Les Évêques du Congo ont été très clairs à ce sujet, en ce qui concerne notre Société et cela vaut aussi pour notre Église : « Nous vous appelons à une conversion, à une metanoia. C’est vrai, même les chrétiens sont marqués par l’esprit et les habitudes de leur époque et de leur pays. Mais par leur baptême, l’Évangile les invite à renoncer aux tendances mauvaises dominantes. Ils doivent ramer à contre-courant. C’est cela être témoin. Le mystère pascal que nous célébrons actuellement nous fait entrer dans une nouveauté, une vie nouvelle : prendre conscience de notre dignité comme personne humaine et comme chrétien ». (n° 20)

En ce qui concerne le Clergé, s’il y a vraiment ignorance de ce que veut l’Église, la chose la plus simple à faire, c’est d’organiser des séances de formation ad hoc. Nous avons déjà un bon cadre d’études et d’encadrement : la Formation permanente. Si le temps imparti est insuffisant, donnons-nous les moyens de notre politique, comme on dit aujourd’hui, en ce sens qu’il faut nous offrir du temps nécessaire pour rattraper ce qui est perdu ou altéré. Car, continuer ainsi, nous sommes en train de créer notre propre Église, en dehors de celle Universelle.

Il n’est pas exclu, comme on le fait ailleurs, de procéder à des formations pratiques, assez ciblées pour rectifier le tir.

Quant aux Mouvements d’apostolats ou le laïcat, nous avons l’obligation, en vertu du « munus docendi » (fonction d’enseigner), enseigner la vraie doctrine et aider les laïcs à connaitre ce qu’est l’Église. À côté de ce munus docendi, nous avons deux autres fonctions à prendre en considération : munus sanctificandi (fonction de sanctifier) et munus regiminis (fonction de gouverner). A ces deux pouvoirs, un devrait être vécu avec les fidèles laïcs, en l’occurrence celui de gouvernement dans la mesure où les laïcs peuvent coopérer à son exercice. Par rapport à la fonction de sanctifier, les clercs doivent l’exercer en respectant les rituels et les coutumes légitimement reconnues, et non improviser ou créer des choses qui déroutent ou perturbent la quiétude et la foi des fidèles.

En définitive, pour éradiquer les antivaleurs, il faut nous asseoir ensemble pour réfléchir et agir de façon conséquente. C’est le but des ateliers qui sont organisés demain et auxquels nous devrions prendre une part active, pour que la voix de tous et de chacun soit prise en compte dans la voie de déraciner les antivaleurs.

 
Abbé Mesmin Prosper Masssengo
Vicaire Judiciaire de l’Archidiocèse de Brazzaville

 

 




 
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