Mgr Anatole MILANDOU Archévèque de Brazzaville
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LA MÉMOIRE BIAYENDA


 
 
 
 

« Il faut que les jeunes gens et les jeunes filles découvrent le sérieux et la grandeur de l’amour humain »

La famille est la cellule de base de la société nationale et, pour les chrétiens, elle est aussi la cellule de base de l’Église. L’évolution rapide de notre société pose de graves problèmes concernant la famille. Il faut qu’à cet égard les chrétiens donnent un exemple de maturité. Nous encourageons les groupes de foyers chrétiens qui s’organisent dans les paroisses, pour réfléchir aux problèmes qui se posent du fait de la mise en question des coutumes et du fait de l’influence de la vie moderne souvent dissolvante.

Il faut que les jeunes gens et les jeunes filles découvrent le sérieux et la grandeur de l’amour humain, pour que cessent le dévergondage et la multiplication inquiétante des avortements qui s’ensuit. Ces avortements prouvent le peu d’emprise que gardent les parents sur les jeunes ; ils montrent que les jeunes acquièrent de plus en plus difficilement le sens du sérieux de la vie, malgré les études poussées qu’ils peuvent faire. Ceci est inquiétant pour l’avenir de notre peuple, sans même qu’il soit besoin de parler des conséquences néfastes qu’entraînent les pratiques abortives clandestines : maladies, stérilité. Il faut, avant tout, que les jeunes acquièrent le sens du sérieux de la vie. Il est déplorable, à cet égard que ce soient souvent des adultes, et parfois même des responsables de l’éducation, qui donnent le mauvais exemple. Que les parents chrétiens usent de toute leur autorité pour inculquer à leurs enfants le sens de la vie et pour faire en sorte que ces enfants gardent le contact avec la communauté chrétienne. Il importe que les parents soient aidés dans leur responsabilité par l’application des lois en vigueur dans notre pays en ce qui concerne la délinquance juvénile, le vagabondage et le détournement des mineurs.

Nous voudrions nous adresser aux jeunes eux-mêmes, pour leur dire de ne pas se laisser entraîner par la facilité : en tant que chrétiens, n’oubliez pas que vous devez réussir votre vie par l’étude et le travail ainsi que par le dépassement de vous-mêmes, selon les valeurs de l’Évangile. Il ne suffit pas de décrocher un diplôme, il faut aussi agrandir votre cœur. Même si vous avez fait plus d’études que vos parents, vous devez leur garder le respect et la soumission qui conviennent : ils vous ont donné la vie et se sont sacrifiés pour vous. Ainsi seulement vous vous préparerez à réussir votre vie devant les hommes et devant Dieu.

Un autre problème qui se pose au sein de la famille est celui de la place et du rôle de la femme dans notre société. Dans leur complémentarité réciproque et avec leurs qualités propres, la femme et l’homme sont égaux ; ils sont l’un et l’autre créés à l’image et à la ressemblance de Dieu ; ils sont l’un et l’autre appelés à être membres de la famille de Dieu. Il faut que cette vérité chrétienne s’inscrive progressivement, et d’une manière harmonieuse, dans notre société : par l’abolition de la polygamie et par le renouvellement des coutumes concernant le mariage, la vie de famille, l’organisation de notre société et le veuvage. Sur ce dernier point, nous rappelons la lettre pastorale de Mgr Théophile MBEMBA, à l’occasion du carême 1971. Il ne faut pas que ses paroles restent lettre morte.

Progressivement, il doit s’opérer, dans nos communautés, un changement de mentalité. Alors l’esprit chrétien pourra aussi profiter à toute la communauté nationale. La santé de la famille est la santé du pays.

Quelle est notre place ?

L’Église, en tant que peuple de Dieu, est un peuple catholique, c’est-à-dire universel. Pour autant les chrétiens ne cessent pas de vivre en pleine solidarité avec leur communauté nationale. Ils partagent, en tout, dans les réussites comme dans les difficultés et l’effort, le sort de leurs concitoyens.

Il a pu arriver dans le passé que dans une partie du monde donnée, l’Église ait paru liée aux classes et aux puissances dominantes ; il est possible aussi que la religion ait pu faire figure d’aliénation, par la suite d’une mauvaise interprétation de la doctrine de l’au-delà. Mais dans quel système ou dans quel peuple n’arrive-t-il pas qu’il y ait des hésitations et même des défaillances ? Ce n’est pas une raison pour que, dans un pays neuf comme le nôtre, l’Église soit assimilée aux forces anti progressistes, sans que l’on prenne en considération tout le progrès qui est arrivé par elle.

L’Évangile dont nous vivons est un dynamisme de renouvellement. Ce dynamisme n’est pas d’importation, il sort de notre propre peuple. Nos Églises sœurs d’Occident nous ont apporté l’Évangile qui est la Parole de Dieu pour tous les hommes. Cet Évangile a pris racine chez nous et maintenant il germe et il fructifie à partir de nous-mêmes. Il ne détruit pas les valeurs propres de notre peuple, mais leur donne une dimension et un nouveau souffle. Nous pouvons donc être authentiquement Congolais et chrétiens.

Que chacun s’efforce donc d’être fidèle au Seigneur Jésus et de s’engager à la construction de notre pays, en pleine solidarité avec ses frères.

Puisse le Seigneur, nous éclairer et nous stimuler pour que nous accomplissions, au mieux, notre tâche de chaque jour, dans la charité fraternelle et pour le plus grand bien de notre pays.

Dieu éternel et tout-puissant, toi qui tiens en ta main le cœur des hommes et garantis les droits des peuples, regarde, avec bonté, tes fidèles, tous les habitants de notre pays, ainsi que ceux qui exercent le pouvoir ; donne-nous la sécurité et la paix, le progrès et la prospérité, la liberté et la joie, que ton règne arrive.

Par Jésus, le Christ, notre Seigneur.

Émile BIAYENDA, Archevêque de Brazzaville,
Brazzaville, le 14 Février 1972


 
 
 
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