Mgr Anatole MILANDOU Archévèque de Brazzaville
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LA MÉMOIRE BIAYENDA


 
 
 
 

Le Martyre de l’Abbé Émile BIAYENDA (4)

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Après trois jours sans manger, ils commencèrent à me transmettre les mets que le cher et bon Père Fourmont venait apporter midi et soir. On ne lui permit jamais de me voir. Le Père Robyr qui avait été arrêté un jour après moi, était aussi en cellule, mais on ne se voyait jamais. Lui, aussi, il a souffert. Pour plus de mise en scène, six autres personnes parmi lesquelles, je ne connaissais que deux avaient été arrêtées, emprisonnées et soumises à la torture. Les pauvres gens tous presque pères de famille.

Lorsqu’ils comparaissaient, on leur disait que moi, j’avais tout avoué à mon tour, ils me disaient que les autres avaient avoué contre moi. Tout cela, c’était évidemment des combines.

Dès les deux grandes premières tortures, la nouvelle arriva aux oreilles de Monseigneur.

Il s’en alla voir le Ministre de l’Intérieur celui-ci nia les faits. Mais Monseigneur insista tellement qu’un médecin alla nous voir ; ils le firent entrer quand même et c’est le médecin chef de l’hôpital général, monsieur Miehakanda qui vint nous examiner, à moi il prescrit des pénicillines et des soins à l’hôpital. On commença ainsi à aller avec moi au dispensaire de Poto-poto ; je ne sentais presque rien de mes mains, mes doigts et mes pieds.

21 février 1965

Un dimanche soir 21 février 1965, vers 21h..., on vient me chercher de la cellule, les mains en menottes, avec un autre, lui aussi ligoté. Je me disais qu’a-t-il fait lui, aussi ? Or, il faisait partie du même scénario que moi-même. Avec beaucoup de zigzag, on arriva sous les ombres épaisses des bois de fer de la gendarmerie du Djoué.

Le commissaire, celui qui était venu m’arrêter, sans mandat d’arrêt d’ailleurs, et qui patronnait toute l’affaire était déjà là ; il avait devancé ses hommes pour un pourparler avec les gendarmes, afin de nous faire subir l’épreuve du courant électrique. Je priais, dans ma misère, notre maman du ciel.

Et je dois aussi dire que les agents qui nous accompagnaient à toutes les circonstances, se faisaient presque un devoir de raconter entre eux toutes les obscénités qu’ils pouvaient raconter au sujet des gens. et dire qu’il y a eu là des époux et des pères de famille. C’était honteux et triste de le constater. Toujours est-il qu’après une demi-heure au moins de discussion, nos héros ne purent obtenir ce qu’ils désiraient.

Penauds pour eux et méchants de cette mésaventure, ils nous ramènent, la tête bien basse, mais plus encore remplis de haine et d’emportement contre nous. C’était fini ! On restera encore en cellule et en interrogatoire jusqu’au samedi 27 février 1965, dans l’après-midi duquel où en fin de matinée, nous serons envoyés à la maison d’arrêt.

Rester entre quatre murs, ne bouger que pour aller quand ils le veulent bien aux toilettes sans jamais voir la lumière du soleil évidemment. Ne faire aucun pas sans être accompagné. Bref, être sans liberté, c’est certainement l’épreuve la plus dure que j’aie éprouvée. Alors, vive la liberté, car elle est sans doute, le plus grand don que le Seigneur ait fait aux hommes.

Durant ces jours et ces nuits sans sommeil, comme il est consolant de pouvoir prier la Vierge avec le chapelet de ses dix doigts de la main. Ce bloc en ciment tout maculé de sang devient aussi un bel autel d’holocauste qui permet d’unir sa vie à celle du Christ. On est plus généreux et l’on fait de son sort un don au Seigneur pour toute l’humanité.

La pensée aussi que tout le monde priait et était uni de pensée à nous, souffrait avec nous, me fut d’un très grand réconfort. Celle surtout de me sentir innocent contre tout ce qui était mis sur ma tête.

D’ailleurs, jamais les interrogateurs n’ont accepté à aller vérifier quoi que ce soit sur place des choses dont j’étais accusé.

Ce samedi-là, nous étions conduits au palais de justice pour l’interrogatoire par-devant le juge d’instruction. Personne ne voulut s’en charger, car, tout était politisé. On apprenait que deux nuits auparavant trois personnalités dont deux magistrats avaient été enlevés de leur maison et mis à mort ; le troisième corps jamais, ne devait être retrouvé.

Abbé Émile Biayenda
Lyon le 9 février 1968

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