Mgr Anatole MILANDOU Archévèque de Brazzaville
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LA MÉMOIRE BIAYENDA


 
 
 
 

Cardinal Émile Biayenda

Le Cardinal Émile Biayenda aux chrétiens des églises membres du Conseil œcuménique

« Il faut vivre l’œcuménisme, non pas uniquement lors de la semaine de prière mais toutes les fois que nous en avons l’occasion »

La volonté de travailler pour l’unité du pays passe aussi par la concorde des confessions religieuses qui ont à charge d’évangéliser les citoyens. La Semaine de l’unité des chrétiens donne lieu à une grande manifestation œcuménique qui commence en secteurs et se clôture au Stade Éboué, à Brazzaville. La manifestation est placée sous le signe et dans la perspective d’une méditation d’un verset envoyé par le COE. Le culte de clôture commence vers 9 heures, par l’accueil, en fanfare et aux applaudissements de la foule, des responsables des quatre Églises chrétiennes du Conseil œcuménique du Congo. À l’époque, ces Églises étaient représentées par Mgr Émile Biayenda (Église Catholique), le Pasteur Buana-Kibongi (Église Évangélique), le Colonel Mabwidi (Armée du Salut) et M. David Nsomi (Église Kibanguiste), les pionniers de l’œcuménisme au Congo. Nous vous proposons un texte du Cardinal Émile Biayenda, dans le cadre de l’œcuménisme.

C’est certainement la première fois que le Congo, notre pays, compte un Cardinal. Et vous savez notre Afrique et Madagascar comptent 8 Cardinaux. C’est donc une grande joie et un grand honneur que notre pays le Congo ait un de ses fils Cardinal. De toutes les façons, ce n’est pas pour la première fois que l’Afrique connaît pareilles surprises : déjà au XVIe siècle, un Noir fils de l’ancien royaume du Congo, était élevé à la dignité épiscopale : Mgr Dom Henrique, fils du roi Alfonso, fut sacré évêque à Rome en 1518. C’est le tout premier évêque d’Afrique Noire. C’est une fierté pour nous. Vous avez bien raison de voir en cet événement un aspect œcuménique et national.

En effet, les nombreuses lettres de félicitations qui ne cessent de nous arriver, prouvent que ce ne sont pas seulement les catholiques qui s’en réjouissent, mais les évangéliques, les salutistes, les kimbanguistes et tant d’autres hommes de notre nation, de l’Afrique Centrale et d’ailleurs. Tout le monde fait sien cet honneur. Et pour nous c’est cela qui est essentiel dans la marche vers cette unité que recherchent le mouvement œcuménique et aussi notre nation.

Les pères fondateurs de l’oecuménisme au Congo

Point n’est besoin, à notre avis, de dire que l’Église catholique a fait ceci ou cela pour l’œcuménisme. L’unité vraie, c’est l’unité des cœurs, l’unité des esprits : peu importent les diversités extérieures : « qui n’est pas contre nous est pour nous », dit le Christ, Notre Seigneur. C’est bâtir solidement l’unité que de se réjouir des événements heureux qui arrivent à d’autres qu’à nous. Prendre sincèrement part aux joies et aux peines des autres, c’est vraiment manifester un esprit d’unité fraternelle. C’est cela qui montre le mieux que l’on est vraiment Un, qu’on est une même famille, lorsque les joies des autres deviennent nos joies et que les peines des autres deviennent nos peines. Saint Paul disait : « Il faut pleurer avec ceux qui pleurent, se réjouir avec ceux qui se réjouissent ».

Voilà l’esprit de fraternisation que nous nous efforçons de susciter pour l’unité. Car l’essentiel pour l’unité, c’est de penser, de dire le bien sur les autres, reconnaître le bien que les autres sont capables de faire. Animées par cet esprit, nos manifestations œcuméniques seront alors de vrais pas vers l’unité des fils de ce pays. Le chrétien, en effet, doit être le champion de l’unité parmi les hommes, parce qu’il n’a qu’un commandement celui d’aimer l’autre.

 

Alléluia, Alléluia, Alléluia.


 

Frères et sœurs bien aimés en Notre Seigneur Jésus-Christ. Salut !

Cette salutation, nous la voulons chaleureuse et très fraternelle. Nous vous l’adressons au nom de la grande famille chrétienne unie au sein du mouvement œcuménique des Églises Évangélique, Kimbanguiste, et Catholique, à l’endroit de vous tous et toutes, nos Frères et sœurs. Aujourd’hui, et toute la semaine dernière ça été la liesse. En effet, le Seigneur, n’a-t-il pas là incarné, l’unité de notre Église ? Et quant à nous tous, frères des différentes Églises, notre devise et notre principe d’action n’est-il pas celui de nous réjouir des événements heureux ou de partager aussi les épreuves qui arrivent à d’autres qu’à nous-mêmes ?

Le bon pasteur toujours présent au milieu du peuple de Dieu

Prendre part sincèrement aux joies et aux peines des autres, c’est réellement manifester un esprit d’unité fraternelle. C’est cela qui montre le mieux que l’on est vraiment un, qu’on est une famille, lorsque les joies des autres deviennent nos joies et que les peines des autres deviennent nos peines. Nous affirmons que l’essentiel pour l’unité, tant souhaitée par le Seigneur et tous les hommes du bien et de la bonne volonté de notre temps, c’est de penser, de dire du bien sur les autres de reconnaître le bien que les autres sont capables de faire. Nous avons tous un commandement du Seigneur qui nous demande de nous aimer les uns les autres.

C’est dire que le chrétien a le devoir d’avoir toujours, à l’égard de l’autre, quel qu’il soit, le préféré, toujours favorable. Tout homme est fils-aimé de Dieu, notre Père à tous. Il est notre frère. Depuis que l’Esprit-Saint est dans notre pays, il nous a donné du vivre et de pratiquer l’œcuménisme, nous apprenons peu à peu à nous connaître, à nous aimer et à nous apprécier loin de nous la pensée de tout prosélytisme, nous regardons et admirons le bien qui se trouve ou se fait chez mon autre frère. Cela, grâce à l’effort des responsables de nos Églises respectives. Souvent nous nous réunissons pour le partage de la prière, de l’Évangile, de nos soucis apostoliques et pourquoi pas le dire aussi de la coupe du café, ou du verre de limonade qui réjouit le cœur de l’homme. Que tout ceci nous affermisse dans notre foi, en Jésus-Christ, en nos églises et nous aide à vivre comme de véritables frères, témoins et messagers de la charité du Christ qui nous ordonne de nous aimer uns les autres.

Comment l’Église peut-elle travailler à la concrétisation de l’unité nationale ?

Nous l’avons presque déjà dit. L’œcuménisme est le symbole de l’unité nationale. En effet, vous savez que l’Église ne travaille pas à unir les chrétiens seulement. Elle vise à unir les hommes comme tels, tous les hommes. L’Église à pour raison d’être de promouvoir la paix, l’unité, la fraternité. Elle s’est toujours considérée comme le début d’un monde unifié, d’une humanité fraternelle, en proposant à tous les hommes le motif de notre union en unité, à savoir que tous croyants et incroyants, tous les hommes, de toutes races, langues et nationalités, tous nous sommes frères, tous nous n’avons qu’un seul père : Dieu. Et c’est dans la mesure où l’Église aura les mains libres pour annoncer cette Bonne Nouvelle à qui veut l’entendre que notre Église contribuera encore mieux à l’unité des Congolais. C’est en acceptant cela que l’homme sera amené à une fraternité sincère et réelle qui ne camoufle rien de louche, rien d’intrigant. L’Église n’a pas seulement à favoriser, mais elle doit promouvoir l’unité nationale ; c’est son premier devoir : annoncer, révéler, redire aux hommes qu’ils sont tous réellement des frères malgré les différences multiples.

La déclaration sur l’œcuménisme au Congo des Responsables religieux des églises chrétiennes Catholique, Évangélique, Salutiste et Kimbangiste, met en garde contre la tentation de confondre œcuménisme et fusion des églises. L’œcuménisme nous demande de nous écouter mutuellement entre chrétiens de comprendre la foi de l’autre qui est en face de moi, de la comprendre non pas à ma manière de penser catholique, non pas en le jugeant d’après mes idées et préjugés, mais en essayant de la comprendre comme il se comprend. Il faut vivre l’œcuménisme, non pas uniquement lors des célébrations des cultes organisés pendant la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, mais toutes les fois que nous en avons l’occasion : mariage, veillées funèbres, funérailles et d’autres célébrations liturgiques ou manifestations à caractère social auxquelles on veut donner un cachet œcuménique, par exemple, une œuvre sociale comme la construction d’une salle de classe ou d’un pont, le nettoyage d’une route, qui nécessite la collaboration et l’effort des chrétiens d’églises diverses. Au niveau des pasteurs d’âmes l’œcuménisme peut être vécu sous la forme d’échanges de vue pour une réflexion commune sur leur apostolat, ou sous la forme de partage de la prière, de l’évangile et du pain.

Cardinal Émile Biayenda

 

 


 
 
 
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