Mgr Anatole MILANDOU Archévèque de Brazzaville
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LA MÉMOIRE BIAYENDA


 
 
 
 

« A TOUS LES NIVEAUX DE LA SOCIÉTÉ, PRIVILÉGIER LE DIALOGUE »

Beaucoup de difficultés seraient épargnées dans la société en général et particulièrement dans les foyers si les époux avaient l’habitude de dialoguer. Malheureusement, nous constatons le plus souvent dans notre pays surtout dans certains foyers que le dialogue n’existe pas. Dans le texte ci-dessous, nous publions une partie de la lettre pastorale du Cardinal Émile Biayenda sur la famille, où il abordait le manque de dialogue, source de conflits aussi bien dans la société que dans les foyers.

Dans la plupart des foyers, l’épouse ignore ce que fait son mari où il est parti, quand il rentrera, qui a-t-il rencontré, ce qu’il a fait. Certaines ne savent même pas où travaille leur mari, quelle est sa profession, à plus forte raison ce qu’il gagne et ce qu’il fait de l’argent. Heureuse est-elle quand elle reçoit assez d’argent pour les achats du ménage. Le mari prend lui-même les décisions qui concernent le foyer, sans en parler à son épouse. Celle-ci, dans ces conditions, ne se sent pas considérée, pas aimée, et elle en souffre profondément. Ignorant ce que fait son mari, elle imagine toutes sortes de choses, en arrivant vite à le soupçonner. Réciproquement, la femme ne parlera plus à son mari, elle s’organisera de son côté avec sa famille, préparant un peu à la fois la rupture du foyer.

A la base de ce manque de dialogue, il y a un manque de confiance : le conjoint qui a révélé à sa famille certains secrets du foyer, la femme qui ne se sent pas en sécurité chez son mari et se demande si un jour elle ne sera pas renvoyée, les interventions abusives de la famille dans le foyer, qui sèment la division, ou la parenté qui réclame de l’argent. On a vu des foyers qui ont commencé leur vie conjugale par un généreux dialogue, mettant tout en commun et qui, un peu à la fois, ont cessé de tout dire, de mettre en commun ce qu’ils gagent et ont vécu comme deux êtres séparés sous le même toit. Ils n’étaient plus « un ».

Et pourtant, qui d’entre vous ne désire avoir un véritable « ami ». Un ami à qui l’on peut ouvrir son cœur, dire ses secrets, ses difficultés, qui vous comprend, qui ne vous juge pas, mais qui cherche à vous aider, en qui on a pleinement confiance, parce qu’on sait qu’il ne vous trahira pas. Un tel ami, on ne voudrait jamais le quitter, on voudrait toujours vivre avec lui. Alors je vous le demande : Votre conjoint est-il pour vous cet ami ?

Une telle amitié, qui doit régner dans tous les foyers suppose beaucoup d’humilité : ne pas se croire supérieur à son conjoint, accepter qu’il puisse aussi avoir des idées valables, qu’il puisse avoir raison. Elle suppose une volonté d’arriver à une position commune sur tous les points qui touchent la vie du foyer. Elle suppose le respect de l’autre pour le prendre tel qu’il est avec ses qualités et ses défauts : devenir « un » en restant « deux »

Cette amitié suppose aussi le souci de faire grandir l’autre, de le faire progresser, de l’aider à développer ses qualités, à parfaire sa formation. Dans cet ordre d’idée je ne saurais trop encourager la participation à tous les moyens de formation : centres sociaux, P.M.I., cours du soir et qui permettront aux époux de se valoriser.

Si l’on découvre chez son conjoint un défaut, on l’aidera à le dominer au lieu de se contenter de le lui reprocher ; cela demandera beaucoup d’humilité pour celui qui doit reconnaître ses torts, et beaucoup de patience et d’amour, car on ne se transforme pas en un instant.

L’amitié, ce sera enfin pardonner : « on ne s’aime vraiment que lorsqu’on a eu à se pardonner ». L’amour de Dieu pour l’homme ne s’est-il pas manifesté essentiellement dans le pardon qu’il lui a accordé ? Pardonner, c’est oublier la faute, retrouver l’amitié comme si la faute n’avait jamais eu lieu. C’est aussi se sentir solidaire de la faute de l’autre : « il ne serait peut-être pas tombé si je l’avais aidé plus, si je l’avais plus aimé ». Alors nous portons ensemble les conséquences de la faute dont nous nous sentons tous les deux responsables, et ensemble nous nous efforçons de la réparer et de remonter la pente.

Faut-il ajouter que le dialogue ne doit pas se réaliser seulement entre les époux, mais qu’il doit aussi se faire avec les enfants ? Quand ils seront petits, à cet âge de découverte, il s’agira surtout de répondre à leurs questions sans éluder la vérité. Mais en grandissant, ils ont besoin de trouver dans leurs parents des conseillers qui respectent leur personnalité naissante, qui les comprennent et dont ils se sentent aimés.

Mais comment ce dialogue avec l’épouse et cette éducation des enfants qui grandissent, peuvent-ils se faire si le père est toujours absent de la maison ? Les enfants ont besoin de la présence de leur père, tout autant que de celle de leur mère. Que le père de famille n’ait pas honte de jouer avec ses enfants, de s’intéresser à leurs problèmes ; qu’il n’ait pas honte non plus d’aider sa femme dans les travaux du ménage. Comment les enfants pourront-ils refuser d’aller puiser l’eau ou de laver les assiettes s’ils ont vu le papa le faire lorsque la maman était fatiguée ?

Cardinal Émile Biayenda
Brazzaville, le 12 Février 1975

 

 


 
 
 
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