Mgr Anatole MILANDOU Archévèque de Brazzaville
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LA MÉMOIRE BIAYENDA


 
 
 
 

CE QUE DOIT ÊTRE UN PRÊTRE

Chers amis. Il importe donc à chaque homme de servir Dieu au sein d’une vocation.

Nous constatons qu’effectivement, vous avez le chemin du sacerdoce. Que dis-je ? C’est Dieu lui-même qui dans ce domaine notamment, veut vous choisir, ou vous a choisi, comme il choisit autrefois les 12 Apôtres. Ce choix, Dieu le dépose comme en germe dans l’âme et il s’accompagne des dispositions... Et des attraits qui permettent aux supérieurs ecclésiastiques de le discerner et de lui donner la garantie officielle... Qu’on ne dise donc pas trop facilement quand on veut déserter le séminaire, que l’on a perdu sa vocation ou qu’on se juge incapable ou au contraire que les supérieurs ont été contre nous.

Pour persévérer dans les bonnes dispositions jusqu’au bout, il faut que l’Idéal enterre soit toujours le point de mire de vos constants efforts..., car le manque d’Idéal, le terre-à-terre, l’engouement pour les futilités : voilà bien une des grandes plaies de la jeunesse d’aujourd’hui.

Or le Christ fait aux hommes l’inestimable honneur du don de sacerdoce. Lui, le ressuscité et rentré glorieusement auprès de son Père, ne peut désarmer, appliquer les fruits de sa rédemption sur les hommes que par l’intermédiaire des hommes revêtus du sacerdoce. C’est pour continuer le travail de Jésus sur la terre que vous êtes ou serez appelés. C’est pour approfondir et vous préparer à mieux représenter un jour le Christ parmi les autres..., le Christ parmi les autres hommes dans notre pays que vous êtes venus ici.

Ainsi, chers amis, vous et moi, sommes-nous des privilégiés du Seigneur. Quand on est ainsi chéri, on n’a plus le droit d’envier ou de convoiter le sort des autres, comme il apparaît si souvent hélas que des séminaristes se laissent prendre par l’apparent clinquant de la vie d’autres amis restés dans le monde. Celui qui a reçu l’insigne grâce de la vocation sacerdotale devrait s’y sentir bien à l’aise. Il doit autant qu’il tient de lui s’y complaire et y mettre toute sa bonne volonté pour ne jamais trahir. Judas pût être un bon disciple, mais le défaut d’intention droite le perdit.

Chers amis, il vous reste sans doute beaucoup de chemin à faire et loin d’obstacles à franchir, mais voilà toujours en perspective ce qui vous donnera du courage et assez d’amour, pour aller jusqu’au bout...

Et vous chers futurs prêtres, vous vous préparez à devenir d’autres Christ. Le Christ est médiateur à travers les siècles. Il exerce cette médiation par le sacrifice et devenus prêtres, vous serez les sacrificateurs. Jésus est venu apporter la vie et le prêtre est distributeur de la vie divine par la parole et les sacrements. Jésus est Souverain Maître des consciences, le dispensateur du pardon divin, le docteur infaillible, le salut du monde, et le prêtre aussi est Juge des consciences, dispensateur des pardons divins, lumière du monde et sel de la terre... Jésus prêtre et victime et le prêtre est hostie. Jésus est le Grand priant et le Prêtre est député par l’Église pour la prière officielle. (Il porte le monde dans son âme... Il porte le monde dans son âme et l’offre avec le Christ au Père à la messe). Jésus est le consolateur de toutes les misères humaines et le prêtre perpétue, à travers tous les âges ce ministère de consolation. (Dès maintenant, il est bon à l’occasion de mettre en pratique toutes ces perspectives). Jésus est l’ami des enfants et le prêtre est l’héritier de sa tendresse.

L’Apôtre est un homme qui prêche le christianisme par tout son être et dont la présence seule est une apparition de Jésus-Christ - (La cordaire).

Ah ! Si nous avions la foi, nous verrions Jésus-Christ dans le prêtre comme on voit la lumière d’un flambeau dans un globe de cristal (Curé d’Ars)

Ce que tu dois être : Homme de Dieu, de prière, de science et de foi...

Exemple de faits : Imprudence de camionneurs africains en panne de pneus, d’essence, d’huile... Il ne faut pas que nous soyons ainsi dans notre montée vers le sacerdoce. Le désir d’entrer au séminaire a pu naître pour l’un de la voix d’un père, ou d’une mère, pour l’autre d’une lecture, d’une cérémonie religieuse, d’une rencontre avec un prêtre. « C’est que la vocation divine dort dans l’âme de beaucoup : il faut l’y éveiller. C’est un souffle imperceptible qu’il faut amplifier ». (Mgr Leynaud, Archevêque d’Alger)

Je voudrais par cet entretien vous dire encore quelque mot du prêtre, afin que chaque jour, chaque mois et chaque année raffermissent notre vocation. Ayons devant les yeux le modèle, nous cherchons à lui ressembler.

J’ai toujours, vous aussi bien sûr, éprouvé du plaisir à entrer dans Monoprix ou Paris-Sangha (deux grands supermarchés de Brazzaville) à cause de l’ordre qui y règne et des prix de marchandises bien affichés.

Chers amis, demandons à notre Seigneur Jésus-Christ de nous rendre bien lucide la personne du prêtre, afin que nous ne dispersions point nos efforts et que tout ce que nous faisons tende au perfectionnement de notre vie de plus tard. « Oh si nous avions la foi, disait le curé d’Ars, nous verrions Jésus-Christ dans le prêtre comme on voit la lumière d’un flambeau dans un globe de cristal  ». « Elle est sublime la dignité sacerdotale et digne de vénération ».

L’empereur Constantin, au Concile de Nicée, refusant de siéger sur son trône, alla s’asseoir aux pieds des Évêques, par respect pour leur caractère sacré. Saint Wenceslas, roi de Bohême, avait la coutume de se tenir toujours debout devant les prêtres.

Saint François d’Assise ne voulut jamais se laisser ordonner prêtre, se jugeant indigne d’un si grand honneur. On raconte dans la vie de Saint François de Salles qu’un jeune prêtre était favorisé de la vision de son Ange gardien : avant son ordination, son bon Ange marchait devant lui ; après l’ordination, il ne voulut aller qu’après lui.

Chers amis, on n’improvise rien dans la vie, mais encore moins les vertus sacerdotales. Commençons dès maintenant à nous revêtir des pensées, des sentiments et des vertus de Jésus, en attendant le jour où chacun de nous aura le droit de s’écrier : Je suis prêtre pour l’éternité, je suis un autre Jésus-Christ, sacerdos alter Christus.

Le prêtre est un homme de Dieu. Un ami de science. Il vit de foi, d’obéissance et de charité.

A/ Homme de Dieu : il est certain qu’aucune créature n’échappe à Dieu et que tous les hommes sont à lui. Mais le prêtre par vocation et grâce spéciale reçue pour cet état le devient d’avantage. Le prêtre a fait profession d’aimer Dieu, de servir Dieu, d’être plus exclusivement aux affaires du Seigneur. Dominus pers...

Il l’est par son esprit de prière-opposé à celui du monde qui vit de jouissance et de dissipation. Le prêtre, c’est le héraut de toute la création à dire à Dieu sa reconnaissance. L’Église prie par lui en liminaire, aux offices. Et vous dès maintenant d’ores et déjà par la fidélité au règlement : l’ordre prie, a dit Saint Thomas. Tout acte bon est rien.

La régularité aux exercices de piété en est aussi. Disons notre chapelet, gardons l’esprit de piété : alors nous ferons tout avec dévotion.

Veillez et priez pour que vous ne tombiez pas en tentation (Mt 36 48). Demandez et il vous sera donné (Mt 7,7) quiconque demande obtient (Lc 11,10). Les jours de générosité, du bon travail sont ceux où l’on prie.

B/ Le prêtre est un homme de science. C’est au milieu de la prière que nous nous livrons à l’étude. Vos efforts doivent être constants dans ce domaine. Le collégien travaille pour le diplôme et la bonne situation, toi tu travailles pour être à la hauteur de ton sacerdoce et pour être utile un jour à l’Église, aux âmes de toutes conditions et de toutes cul- tures. « Je me suis fait tout à tous, pour les gagner tous à Jésus-Christ », disait Saint Paul.

C/ Tu profites de tes jeunes années du séminaire pour cultiver et développer en toi l’esprit de foi. Ainsi se changera pour toi la vision de tous les événements de ta vie. A beau- coup de tes actes tu donneras un sens surnaturel. Et au lieu connu tu fais de te plaindre, de critiquer, de te révolter, tu comprendras que c’est bien dommage, car de la sorte tu as empêché le divin Maître de travailler avec toi et que tu as dispersé un trésor avec lequel tu aurais un jour racheté des milliers d’âmes.

Le Prêtre, homme d’obéissance

... Il descendit avec eux pour retourner à Nazareth et leur était soumis (Lc II, 51) ; ailleurs dans Saint Jean 4,34 : « Ma nourriture est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre ». Renoncement.

Il s’agit, chers amis, du Christ notre modèle, pratiquant la vertu d’obéissance. C’est très important dans la vie humaine et la vie du prêtre. Lucifer s’est perdu par refus d’obéissance, de même Adam et Ève, ne nous ont pas perdu autrement.

L’histoire de l’Église nous conserve les cruelles leçons des ministres prévaricateurs qui ont trahi leur mandat par défaut d’obéissance, qui dira les ravages dans le troupeau pour cette terre et pour l’Église éternelle, d’un Arius, d’un photins, d’un Luther... Tous sortis du rang de ceux que l’Église appelle à la seconder. Car sachons que si le divin Pasteur défend ses ministres fidèles, comme la prunelle de ses yeux et comme des amis très chers, il est terriblement menaçant ceux qui ont profité de leur mandat pour livrer au loup leur part du bercail (cf Ezéchiel 33, 34).

Or, l’histoire instruit et arme. Ces grands qui ont sombré qui sait si ce n’était pas parce que durant leur formation ils n’ont su obéir, ni voir dans le règlement la volonté de Dieu. Par votre âge vous serez bien embarrassés si on vous lais- sait à vous seuls organiser votre vie. Les terrains des jeux ne désempliraient peut-être pas, mais ce n’est là pas le tout de l’homme. Alors il y a la règle qui atteint tous nos mouvements, toutes nos actions, tous les instants de notre vie, que de voir dans notre règlement au séminaire cette année ? = Dieu, le bon Dieu. Tandis que pour le monde, c’est un tissu de prescriptions de détails sans importance. Toi petit séminariste ; tu considéreras cela avec les yeux de la foi. Alors partout et toujours dans les grandes et les petites choses, tu verras Dieu.

Ce regard de foi est un don de Dieu et il est le fruit de l’amour : l’amour rend pénétrant, clairvoyant le regard qui aime et lui fait trouver l’objet aimé, même lorsqu’il se cache sous des dehors humbles et communs.

S’habituer à voir Dieu dans tout cirque, le règlement nous le recommande constamment du matin au soir. Dans cette règle cherchons la volonté de Dieu, l’aimer, s’en nourrir. C’est pourquoi votre attitude ne sera pas :

- un esprit pharisaïque « ad oculum Derviens » = (manque de foi, manque d’amour)

- ni un esprit large : qui néglige les petites choses ou ce qui gêne (tout est grand devant le bon Dieu)

- ni un esprit de critique : qui reprend d’une autre manière ce qu’il donne non par amour, mais d’une façon toute humaine.

Disons que le règlement du séminaire est l’instrument par excellence de la formation sacerdotale et apostolique.

Chers amis, en ce moment où tant d’esprit sont routinière- ment épris de la liberté, ceux qui sont chargés d’ordonner cela doivent bien eux-mêmes se convaincre de la nécessité de l’obéissance.

Prions contre les révoltés de l’Église, prions pour que par le règlement nous suivions la volonté de Dieu.

Mgr Émile Biayenda,
Retraite animée au Grand Séminaire 1970

 

 


 
 
 
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