Mgr Anatole MILANDOU Archévèque de Brazzaville
Accueil > JOURNAL LA MÉMOIRE > 175 > CARDINAL ÉMILE BIAYENDA : LE CONCILIATEUR ET L’UNIFICATEUR

LA MÉMOIRE BIAYENDA


 
 
 
 

CARDINAL ÉMILE BIAYENDA : LE CONCILIATEUR ET L’UNIFICATEUR

Émile BIAYENDA, était convaincu que le prêtre africain, aujourd’hui, pour transmettre le message évangélique, devait être en mesure de partager la vie pauvre et les difficultés des populations, en animant dans les quartiers et les villages des communautés chrétiennes de base. Mais, il devait aussi être capable de répondre aux préoccupations d’une population fortement perturbée dans ses coutumes et ses traditions par les bouleversements politiques, économiques et sociaux d’après l’indépendance.

Le samedi 10 janvier 1975, les vœux au Président de la République ont lieu au Palais du peuple. Le clergé se retrouve à la Cathédrale, à 15h 30, pour la messe des vœux et le cocktail de fraternité. Durant l’homélie, l’Archevêque insiste sur la conscience que doivent avoir les prêtres et les fidèles à dire merci à Dieu pour le travail accompli ou à accomplir.

Il insiste : « Le seigneur, lui-même, ne faisait pas autrement avec ses premiers apôtres. Il les invitait autour de lui, pour se reposer et échanger sur leur ministère, leurs réussites et leurs échecs. Nous sommes ainsi faits, nous avons besoin de nous retrouver ensemble aux pieds du Seigneur, pour prier, manifester l’unité et l’identité de notre apostolat, en l’Église avec notre Évêque. C’est pourquoi, à juste raison, nous tenons à ce rassemblement, nous tenons à ce que les responsables des communautés, prêtres, religieux, religieuses et laïcs y soient présents pour dire ensemble, en fin d’une année, et au début d’une nouvelle, notre merci et notre reconnaissance...

Après notre prière de pardon, d’action de grâces, de demande et d’offrande de nous mêmes au Seigneur et à son divin esprit, nous nous retrouverons à l’archevêché pour trinquer ensemble.

Mais, avant d’en arriver là, une autre exigence du Christ nous invite à dire tout haut (chacun continuant à voix basse ses propres événements), ce qu’ensemble, en Église, nous avons vécu, cette année.

Les relations entre le Président de la République avec le Cardinal sont restées cordiales et fraternelles

Que ceci fut allégresse ou épreuve, tout a été grâces. Nous essayerons d’en dénombrer quelques unes, en feuilletant le calendrier de l’année qui s’est achevée... Outre ces nombreuses occupations, l’Archevêque veille aussi sur le patrimoine de l’Église. Quand la nécessité se fait sentir, lui-même descend dans l’arène, pour défendre avec courage les acquis de l’Archidiocèse de Brazzaville. Avec le Père Jean Morizur, il se rend au Service de l’urbanisme, le 27 janvier 1975, pour discuter des terrains acquis à Mfilou et à Ngangouoni, deux quartiers de Brazzaville.

Le lendemain, il va à la paroisse St pierre Claver de Bacongo où l’adjoint au maire de ce quartier demande avec outrecuidance qu’il lui soit cédé l’ancienne chapelle et ses alentours. Il veut y installer, dit-il, un dispensaire scolaire. La nationalisation des écoles, en 1965, a donné de l’appétit aux responsables politiques sur les terrains des Églises chrétiennes. Tous les prétextes sont vite trouvés et rendus publics pour extorquer à l’Église tel ou tel autre terrain.

Le Cardinal Biayenda est donc parti répondre à l’adjoint au maire de Bacongo : « C’est impossible, cette salle sert beaucoup à la paroisse. Un dispensaire scolaire est une œuvre bonne ; cependant, son utilité ne justifie pas ipso facto qu’un agent de l’État se fasse céder une vieille chapelle dans un quartier où d’autres espaces publics sont des dépotoirs d’immondices ». En dépit de ces sollicitations impertinentes, les relations de l’Église avec les autorités politiques, civiles et administratives, restent sereines.

Celles du Président de la République avec le Cardinal sont devenues cordiales et fraternelles. Le 6 février 1976, quand le Commandant Marien Ngouabi reçoit l’Archevêque en audience, accompagné des Abbés Badila et Bekiabeka, il lui accorde une autre audience en faveur d’un vieux papa nommé Ngouabi, fils de Moutete, habitant à Masséké, un village situé entre Vinza et Kimba.

Sans avoir certainement la même valeur sémantique en langue lari pour le vieux Ngouabi Moutete et en langue kouyou pour le Président Marien Ngouabi, le nom « Ngouabi » devient pour le Cardinal Biayenda une occasion pour donner aux deux homonymes une joie citoyenne. Le Président Marien Ngouabi s’est fait la courtoisie de demander des conseils au sage Ngouabi Moutete ; la région du Pool s’est trouvé un fils dans la région de la Cuvette.

La pastorale de proximité enchante le Cardinal Biayenda et lui donne de ne pas perdre le réflexe d’approcher les gens, chrétiens ou non, chacun dans sa condition sociale.

Abbé Albert Nkoumbou
Extrait de son livre

 

 


 
 
 
Haut de page