Mgr Anatole MILANDOU Archévèque de Brazzaville
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LA MÉMOIRE BIAYENDA


 
 
 
 

« Quelles leçons avons nous tirées du 30<SUP>e</SUP> anniversaire de la mort du Cardinal Biayenda et des 125 ans de l’évangélisation du Congo ? »

Mgr Ernest Kombo, évêque d’Owando :

En l’espace de trois semaines, Mgr Ernest Kombo a effectué deux voyages à Brazzaville en dépit de sa santé un peu délicate. Pour la première fois, il est venu pour régulariser la validité de son passeport arrivé à terme. La deuxième fois, il est revenu pour les festivités marquant les 15 ans de la mort de Mgr Georges Firmin Singha. Celles-ci, coïncidaient aussi avec les ordinations sacerdotales et diaconales dans le diocèse d’Owando.

Ne pouvant nous recevoir à cause de son calendrier très chargé, Mgr Kombo, une fois, reparti en France, nous a appelé au téléphone pour que nous réalisions cette interview.

Mgr Ernest Kombo

La Mémoire Biayenda : Excellence Monseigneur, Dieu, merci, vous venez d’effectuer deux brefs séjours à Brazzaville en dépit de votre santé qui est devenue délicate, peut-on connaître les motifs ?

Mgr Ernest Kombo : Simplement, à cette question, je vous dis que, pour la première fois, je suis venu au pays pour renouveler mon passeport et la deuxième fois, je suis revenu pour participer aux festivités de l’an 15 de la mort de Mgr Singha, au cours de laquelle, il y a eu des ordinations dans mon diocèse.

La M.B. : A votre absence, l’Église du Congo avait célébré le 30e anniversaire de la mort du Cardinal Émile Biayenda et en ce net moment, elle commémore les 125 ans de son évangélisation. Quel état des lieux faites-vous de ces deux événements ?

Mgr E. NK. : A mon sens, ce sont deux boulevards différents et aussi deux baobabs qui concernent le Congo notre pays. Le 30e anniversaire du Cardinal Émile Biayenda, c’est plutôt une relation de l’Église et de l’État, l’Église Catholique au Congo et l’État par l’entremise de la société. S’il faut parler de l’homme Biayenda, nous devons d’abord lire ce qu’il avait écrit lui-même à propos des tortures subies en Février-Mars 1965, que votre journal avait publiées sous le titre : « les 44 jours de prison ».

Maintenant face à cela, nous pouvons nous interroger par cette question : Quelle analyse de la société faisons-nous ? Quel état des relations entre l’Église et l’État faisons-nous ? Que sont devenues ces relations depuis que De Brazza, qui invite le Père Augouard à venir occuper le poste avec les malentendus avec Malamine d’une part et depuis les révolutionnaires, c’est-à-dire, les syndicats chrétiens qui ont favorisé la venue de Youlou, d’autre part.

Depuis la Conférence Épiscopale du Congo, depuis la mort des 7 pasteurs à Mindouli. A propos donc du 30e anniversaire, quelle analyse avons-nous faite de la mort du Cardinal ? Si sur le terrain, l’Église qui est au Congo n’a fait aucune analyse, moi qui suis sur le lit de malade, vous comprenez que je ne peux dénoncer les chiffres et faire de grandes analyses.

30e anniversaire, cela correspond à l’analyse de la société et de l’Église, et les cohérences ou les conséquences qu’il y a. Si je prends ce qui me concerne de près, je pense que les atouts que représente l’Église Catholique lorsque la Nation Congolaise nous avait fait confiance en me nommant président de la Conférence Nationale Souveraine et président du Conseil Supérieur de la République, je pense que ces chances n’ont jamais été compromises et là aussi, les analyses n’ont pas été faites. Si bêtise il y a, si omission il y a, c’est à nous d’en tirer les conséquences.

A mon sens, nous n’avons pas tiré les leçons. Maintenant pour ce qui est des 125 ans de l’évangélisation, là aussi je me pose la question de savoir quelle analyse en avez-vous faite. Excusez-moi, si je parle ainsi. Toutefois, je tiens à rappeler qu’au 100e anniversaire de l’évangélisation, il était question de créer trois diocèses différents. Pointe-Noire devait se scinder, ainsi que Brazzaville et Owando.

Des trois diocèses, il n’y a eu qu’Owando qui s’était scindé en donnant la place après scission entre Owando et Ouesso. Puis, plusieurs années plus tard, Ouesso a donné naissance à la Préfecture Apostolique de la Likouala. Donc, pour les autres diocèses, il avait fallu attendre un 3 mois après la célébration du centenaire de l’évangélisation pour que Pointe-Noire se scinde et 2 ans plus tard pour que Brazzaville se scinde, et les deux ont donné naissance aux diocèses de Nkayi et de Kinkala.

La situation qui prévalait au centième anniversaire, est la même aujourd’hui, où notre Église commémore le 125e anniversaire, c’est-à-dire, la difficulté de trouver des évêques pour ériger d’autres diocèses. Ce qui fait que les futurs diocèses du Niari et du Plateau peinent et même la Préfecture Apostolique de la Likouala traîne pour avoir un évêque résidentiel. En ce qui concerne la succession de Mgr Itoua par un missionnaire, sur le terrain, je pense que nous sommes assez nantis pour en tirer les leçons non seulement d’immobilisme mais aussi du recul ou du retard.

La M.B. : Le 7 septembre 2008, à Ouesso, nous avons célébré deux événements : les 25 ans de l’épiscopat de NNSS Hervé ITOUA et Anatole Milandou, ainsi que les 25 ans de l’érection du nouveau diocèse de Ouesso. Ces festivités coïncidaient avec le sacre du nouvel évêque de cette localité, Mgr Yves Marie MONOT, par le Cardinal Ivan DIAS, Préfet de la Congrégation pour l’Évangélisation des Peuples. Là aussi, quelle lecture faites-vous ?

Mgr E. NK. : La lecture, c’est celle que je viens de faire. Et si vous voulez que je la complète ; je pense que je peux vous ramener à mon oraison lors des obsèques de Mgr Barthélemy Batantu et aussi, lorsque le Nonce Apostolique de l’époque, écrit une lettre contre ma personnalité dans la Semaine Africaine.

Cette lettre dit quoi ! C’est ce qui se dit sur les prêtres, pas seulement sur ma personne, moi, je n’ai servi que de cible. Ces genres de propos ne peuvent pas encourager la nomination des évêques, si de telles injures concernent le clergé congolais, bon, vous en tirez les leçons. Si ces injures sont injustes peut-être en ce qui concerne ma personne, mais, je pense que, cela révèle juste l’état du recul, d’immobilisme que nous constatons, donc la faute est à nous-mêmes. Je ne sais pas si je suis à côté de la question. Mais c’est mon analyse.

La M.B. : L’Église du Congo va aussi célébrer un autre événement celui des 40 ans du Renouveau Charismatique. Qu’est-ce qu’il vous inspire ?

Mgr E. NK. : Là aussi, nous brillons par l’immobilisme ou le recul. Depuis que le renouveau existe, 40 ans, comme vous le dites, la charte suggérée n’a pas été imprimée. A titre d’exemple, je vous dis, quand le congrès qui s’était tenu à Brazzaville, à mon sens, nous n’avons eu aucun document..., aucune dignité, aucune honte à exhumer notre renouveau disséminé, dispersé et immobile. Et la tendance est de dire, quel est le diable qui anime le Congo, car tout cela ne peut pas être le Saint-Esprit. Je dirais mieux quel est le diable qui nous empêche de progresser.

La M.B. : Père Évêque, à propos du processus de la Cause du Cardinal Émile Biayenda, quelles nouvelles avez-vous ?

Mgr E. NK. : Avant de parler de l’avancement de la Cause du Cardinal Émile Biayenda, voici la question que nous devrions-nous poser les uns les autres : Est-ce que nous, prélats, clergé, et fidèles chrétiens du Congo, cherchons-nous à ressembler aux vertus qu’avait ce prélat, devenu Cardinal très jeune ? Voilà la question clé de cette affaire, sinon, Rome ne pourra pas avancer. Or, pour faire avancer une cause de quelqu’un que personne ne veut imiter, à qui personne ne veut ressembler. Là aussi, c’est à nous de voir, parce que les Causes ne se promeuvent pas toutes seules. Il faut des acteurs.

Donc pour répondre à votre question, je dirais que l’avancement du dossier du Cardinal à Rome dépend de nous tous et non pas seulement du Saint Siège, par là je veux dire de la Congrégation des Causes des Saints. Si nous considérons que Biayenda est un martyr quelconque, comment voulez-vous que Rome avance. Mais si nous considérons que Biayenda est un modèle, un exemple à imiter, Rome marchera. Voilà un peu ce que je voulais dire pour ne pas créer comme un vide ou comme un refus par rapport à la réponse à votre question. Pardonnez-moi aussi, si je n’ai pas bien répondu, ma maladie en est certainement la cause. Si techniquement nous sommes trahis, je compte sur votre indulgence et votre compétence pour bien rendre cela.

La M.B. : Excellence, nous tiendrons compte de vos remarques. Pour terminer, avez-vous encore un mot à adresser au peuple de Dieu qui est à Brazzaville ?

Mgr E. NK. : Vous dites, le peuple de Dieu qui est à Brazzaville ? Pourquoi pas au Congo ! Comment voulez-vous que la Cause du Cardinal avance, si personne ne veut lui ressembler. Vous êtes bien placés pour constater que depuis que cette Cause a été lancée, la plupart des témoignages viennent des chrétiens de la partie nord du pays. A mon humble avis, je pense que : nous-mêmes les évêques nous ne sommes pas très réceptifs. A propos des 125 ans de l’Évangélisation, excusez-moi si je reviens encore sur ce sujet : il y a trois chapitres qui peuvent faciliter le bilan : l’auto-évangélisation, l’autofinancement et l’autogestion.

Est-ce que nous avons un catéchisme national au niveau de la Commission Épiscopale de l’Évangélisation ? Qu’est-ce que nous avons de commun au niveau de la Conférence Épiscopale, rien que de nom ? Il n’y a même pas un titre foncier de la C.E.C. Tout ce que vous me posez comme question est pertinent surtout sur le bilan. Mais, c’est le peuple de Dieu qui est sur le terrain, qui doit le faire ?

Prenons par exemple le premier chapitre auto-évangélisation, nous n’avons pas de catéchisme et de livrets de chants communs et chaque diocèse roule comme un tonneau vide.

Parlant de l’autofinancement au niveau de la Conférence Épiscopale, avons-nous une Procure nationale ? Manque-t-il des compétences, ou bien chacun de nous est dans son égoïsme ?

Pour ce qui est de l’autogestion : Que gérons-nous ensemble ? La réhabilitation de l’Imprimerie St Paul a été stoppée pour quelle raison ? On peut dire que cette imprimerie devient la propriété d’un diocèse ?

Concernant le peuple de Dieu ou les chrétiens tout court, moi je me considère de cette entité à qui des questions ne sont jamais posées, ou qui ne se laissent jamais interpeller. Dans ce lot, ce ne sont pas les intelligences qui manquent. Au moment où nous fêtons les 125 ans d’évangélisation, qu’elle est la place et la part du laïcat. Qu’est-ce que je peux encore dire aux chrétiens. Nous sommes tous invités à la réflexion.

Laissons-nous interpeller et Dieu parlera par la suite. Ce n’est pas Rome qui va nous interpeller c’est nous-mêmes. Sur tout ce que je viens de citer pêle-mêle, est-ce que nous sommes aptes à nous laisser interpeller. Ensuite, une autre question : Sommes-nous vraiment une Église, une, Catholique et Apostolique ? Si nous le sommes une, quels sont les liens d’unité entre les diocèses ? Est-ce qu’il y a échange entre les diocèses ? Au tant de questions qui me viennent à l’esprit.

La commémoration du 30e anniversaire de la mort du Cardinal Émile Biayenda et du 125e anniversaire de l’Évangélisation du Congo sont donc, des occasions de réflexion et d’interpellation et non des occasions pour moi de dire quoi que ce soit. Nous devons nous interroger sur ces interpellations et en tirer les leçons. Pour l’instant, je pense que les leçons à en tirer sont négatives. Nous sommes comme une chrétienté morte, qui recule. Pourquoi, ne voulons-nous pas profiter des atouts que nous avons pour les mettre en commun et nous aider à avancer. Les prêtres que nous avons, ne sont pas gérés ensemble et pourtant c’est un bien commun.

Je n’ai aucune leçon à donner, ouvrons-nous à l’interpellation de l’histoire comme on le dit, il faut savoir lire les signes de temps.

Merci pour tout ce que tu fais pour la Cause du Cardinal Émile Biayenda.

Propos recueillis au téléphone par
Grégoire YENGO DIATSANA


 
 
 
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