Mgr Bienvenu MANAMIKa Archevêque de Brazzaville

mercredi 6 mai 2026


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LA MÉMOIRE BIAYENDA


 
 
 
 

« Dès son jeune âge, Émile Biayenda aimait la justice et l’égalité. Il était ferme et exigeant envers lui-même... ».

La mission catholique dispose d’une école primaire plus importante que celle de Pangala. En outre, les écoliers venus des villages lointains sont logés dans un internat. Les Sœurs de St Joseph de Cluny ont une communauté à Kindamba et le noviciat des Sœurs Indigènes vient d’y être installé (1937). Émile Biayenda y arrive, un samedi soir. Le dimanche après la messe, M. Prosper Mpena présente ses écoliers au Père Houchet, le Directeur des écoles du secteur de Kindamba. Celui-ci, après un entretien minutieux, les envoie chez les Frères François Idzia et Paul Kimpiriri, des Congolais qui les accueillent avec des encouragements fraternels. Le Frère François, Directeur de l’école de Kindamba, conduit alors Émile Biayenda, Adolphe Ndoudi et Laurent Massamba à l’internat.

Le personnel missionnaire et enseignant qu’il rencontre à Kindamba est le suivant : Père Harche : Curé, Père Houchet : Directeur des écoles, Père Morvan, Père Mahe, Frère Laurent dit « Kimpati », tous des Spiritains. Puis Frère François Idzia ; Directeur de l’école, Frère Paul Kimpiriri ; responsable de la catéchèse et de la menuiserie ; tous deux des Frères Indigènes. Il y a aussi messieurs Albert Mvouama, François Loubayi et Albert Niama, des enseignants. Après le départ du Frère François, la mission de Kindamba reçoit le Frère Mathurin Mitsouikidi qui s’occupe avec fermeté de l’école, de l’internat et du scoutisme. Ensuite arrivera le Père Auguste Durand qui marquera fortement la vie des écoliers de Kindamba et suscitera bien des vocations sacerdotales et religieuses.

Le jeune Émile Biayenda si gentil, doux et consciencieux est vite remarqué par les encadreurs qui n’hésitent pas à lui confier quelques responsabilités. Il est auxiliaire de l’internat, il est cuisinier des Frères Paul et François, puisque les Frères Indigènes ne pouvaient partager la table avec les missionnaires européens. Son souci de bien faire et de réussir font de lui un écolier laborieux et infatigable. Apprécié par les missionnaires et les enseignants, il reste humble et sensible aux misères de ses camarades. Il a du temps pour aller enseigner l’alphabet à Germain Samba et d’autres qui sont encore au catéchuménat ...

Sœur Thérèse Glaud, religieuse de St Joseph de Cluny, raconte : « A l’école de Kindamba, Biayenda était un garçon serviable, souriant, gentil, laborieux. La vie n’était pas du tout facile pour les internés à la mission catholique... Biayenda venait volontiers pour assurer les commissions chez les Pères et les Religieuses. Il était souvent volontaire pour la corvée d’eau : il s’agissait de descendre à la source et d’en ramener des seaux ou des Dames-jeannes d’eau. Le plus frappant chez ce jeune très simple c’est l’attention aux besoins des gens et la force de travail ».

Pour Germain Samba et Laurent Massamba : « Biayenda n’était pas orgueilleux. Il était l’auxiliaire des élèves et travaillait comme domestique et blanchisseur des Frères. Il était consciencieux dans son travail et se privait parfois de ses vacances pour rester travailler à la mission catholique. Scout, il aimait beaucoup prier. Par son comportement, on sentait qu’il serait un « grand personnage ». Il ne boudait jamais les punitions que nous infligeaient communément les maîtres, pour indiscipline en classe, alors que lui n’y était pour rien. Étrangement, il ne nous en voulait pas ».

Il reçoit le sacrement du Baptême à St Théophile de Kindamba, le 7 Mai 1938, et la première communion le lendemain 8 Mai, par le Père Morvan. Six ans après, devenu séminariste à Mbamou, il s’en souvient, en écrivant quelques lignes autobiographiques. Il est heureux : « Samedi, 7 mai 1938, à l’âge de 11 ans, dans la chapelle Saint Théophile de Kindamba, sur mon front coulait une eau claire, sur ma main brillait une lumière vive et mon nom trouvait un compagnon – Émile – Devinez ! C’est mon baptême ; ce baptême qui ; à partir de ce jour me faisait appartenir entièrement à Dieu et à la Sainte Église Catholique ; ce baptême qui me débarrassait, ce jour-là, du péché originel et de toutes ces convoitises citées au début de ma biographie. Vive ce grand jour !!! ».La Confirmation a lieu le 19 Avril 1939, par Mgr Paul Biéchy , suivie de la « Communion solennelle » ou « Scapulaire » le 14 Avril 1940. Cette vie sacramentelle forge positivement sa personnalité et sa vie de prière s’en porte bien.

Léon Lebanitou (père), alors camarade de classe, s’en souvient sans hésitation : « Mon confrère d’alors était bien différent des internes de la mission. Il participait à toutes les activités : les cours se terminaient à 16h 15 mn. Ensuite, nous allions aux travaux champêtres et après le bain, nous revenions à la mission. A l’eau, il fallait se bousculer, se battre pour puiser l’eau, les filles et les garçons ensemble. Mais jamais Émile Biayenda ne descendait à l’eau tant qu’il y avait des filles. Il attendait du haut de la montagne que la dernière soit montée pour descendre à son tour. En tout cas, il prenait tout son temps. Émile avait souvent ses bras croisés ou rabattus dans le dos, il priait à tout moment. Il ne prenait jamais part aux jeux bruyants, ni au football, ni au jeu du « Kongo », sauf si un des responsables l’y obligeait ... Il aimait la justice et l’égalité entre nous. Par exemple, quand c’était son tour de partager la ration alimentaire de l’internat, il n’était pas content de s’apercevoir que quelqu’un n’avait pas eu sa part. Il était ferme et exigeant envers lui-même ... ».

Marcel Nkalou le connaît aussi : « Émile Biayenda fut pour moi comme un frère : parce que mes parents étaient amis à ses parents. Je l’ai connu à la Mission catholique de Kindamba. Jeune garçon, il parlait d’amour, il n’était pas méchant et il faisait du bien à tous. Il était très doux. Il aidait les prêtres. Nous prions ensemble à cet âge là et on notait, chez lui, de l’amour, de la foi et de l’espérance en Dieu. Je crois que c’est Dieu lui-même qui a suscité sa vocation. Le don de soi et son amour pour autrui, il les doit à Dieu…De lui, je ne retiens que du bien. Il a aimé tous les hommes d’un amour vrai, sincère. Personnellement, j’ai gardé de bonnes relations avec lui. J’étais son coiffeur quand il était prêtre à St Esprit de moungali. Il me conseillait toujours d’être bien avec les gens et de rester catéchiste ».

Émile Biayenda est aussi un écolier qui sait rire aux éclats pour exprimer sa joie. Il ne sait pas bien chanter, mais il aime écouter les beaux chants religieux. En classe sa belle écriture fine, avec le fameux « plein et délié » fait l’admiration sinon la jalousie de ses camarades. Il est sensible et pleure facilement et abondamment quand les encadreurs lui font des violents et souvent injustifiés reproches. Mais il n’en reste pas là. Laurent Ouamba nous a confié : «  Quand on nous donne un devoir, par exemple la dictée, si Biayenda fait 3 à 5 fautes, celui-ci se met à pleurer, refuse de venir manger au réfectoire avec nous. La nuit, il se dirige vers la chapelle, pour prier avant de dormir ». La tempête passée, son sourire remplace les pleurs et envahit son visage au teint noir d’ébène.

Les origines d’une vocation sacerdotale

Les activités religieuses, sociales et pédagogiques qui se développent à Kindamba incitent les jeunes à rêver et à affermir, en eux, des convictions qui vont charpenter le reste de leur vie. Un écho nous vient de l’ouvrage « Le Père Adolphe Jeanjean, missionnaire au Congo » de Michel Legrain, qui écrit : « Avec ses porteurs et des Pères de la région, il (A. Jeanjean) prend contact avec diverses missions et postes, par exemple à Kindamba et dans les environs. « Toutes les maisons aussi bien chez les Pères que chez les Sœurs sont faites en briques cuites sur place et excellentes….

Tout a été fait spacieux et aéré. » Visiblement, ils sont arrivés dans un pays riche ! « La ferme de Kindamba comprend une vingtaine de bêtes à cornes, puis trois cents moutons, des cabris, des cochons et toute une basse-cour. Les jardins, immenses, produisent tous les légumes d’Europe et même la pomme de terre, même l’ail ». Dans cet eldorado, le jeune Biayenda se met à l’école des missionnaires. Il veut être prêtre, se donner à Dieu. Il n’en parle pas, mais son comportement en dit assez. Les Pères Houchet, Morvan et Durand sont intéressés et lui prodiguent les conseils et, le témoignage de leur vie apostolique le remplit d’admiration et d’enthousiasme.

Émile Biayenda

Dix ans après Kindamba, en entrant au Grand Séminaire Libermann de Brazzaville, sur un cahier personnel d’impressions et de retraites annuelles, Biayenda décrit les origines de sa vocation : « ... Et comment d’après moi, ce bon Maître a-t-il procédé pour m’appeler après Lui ? ... Autant que je me le rappelle et comme je l’ai toujours pensé et dit chaque fois que cette origine m’a été demandée, je pense que ma vocation a signalé aussi le désir de travailler pour le salut des âmes et pour la gloire de Dieu. « Propter salutem fratrum meorum et propter gloriam Dei ». Elle tient de deux sources. Vous mes Révérends Pères Houchet et Morvan et Durand surtout, qui aimiez à faire de moi votre enfant de chœur dans vos tournées de brousse ; vous les Révérends Frères Paul, François et Mathurin qui, en faisant de moi votre marmiton me parliez des beautés du sacerdoce et mettiez volontiers entre mes mains des bouquins spirituels, je vous bénis tous, car le bon Dieu s’est certainement servi de vous pour m’appeler à Lui ».

A côté de ce témoignage de vie apostolique ou religieuse de l’équipe missionnaire de Kindamba, le jeune Biayenda attribue sa vocation à une deuxième source : la bienveillance de Dieu sur sa famille. Il continue à se confier : « La reconnaissance à cause des bienfaits familiaux doit jouer également un rôle dans mon choix. En effet, des parents païens , naître six et devenir à temps des enfants de Dieu et de l’Église Catholique par le baptême, des six enfants avoir, en dernière naissance, une petite sœur, laquelle était depuis longtemps attendue, pleurée et demandée avec instance au bon Dieu, puisque nous n’étions que des garçons tous les cinq et apprendre, enfin, de Boundji, en 1942, la triste nouvelle de la mort de la chère maman, nous quittant heureusement munie, au dernier moment du sacrement de baptême, sont encore les traits d’union qui m’ont poussé à la vocation sacerdotale ».

Le style des phrases est bien lourd, mais les idées exprimées sont profondément religieuses et viennent d’un cœur attentif et sensible. Émile Biayenda doit sa vocation à ses deux sources : le témoignage de vie édifiant des Pères et Frères de la mission de Kindamba et la bienveillance de Dieu envers sa famille.

Abbé Albert NKOUMBOU
extrait de son livre : « Cardinal Émile Biayenda, martyr de la foi chrétienne au Congo »

 




 
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