Mgr Anatole MILANDOU Archévèque de Brazzaville
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LA MÉMOIRE BIAYENDA


 
 
 
 

« Nous devons être les témoins de Jésus dans un monde qui perd de plus en plus la notion et le sens de Dieu »

Alléluia ! Alléluia !

Bien chers Frères et Sœurs dans le Christ.

Alléluia ! Alléluia !

Le Christ est vraiment ressuscité ! Alléluia !

Envoyés pour évangéliser...

Pâques 1976 doit revêtir pour chacun de nous un cachet spécial, défini par l’orientation de notre sainte Quarantaine. En effet quarante jours durant, nous avons essayé de nous conformer aux directives arrêtées par les « Mandements du Carême ». Nous avons tous travaillé à approfondir le thème du dernier synode, repris par la récente Conférence Épiscopale de notre pays : l’ÉVANGÉLISATION : « Malheur à moi si je n’évangélise pas ».

La première lecture de Pâques nous rappelle ce devoir toujours pressant : « Dieu qui a ressuscité Jésus, le troisième jour... nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner que Dieu l’a choisi comme Juge des vivants et des morts... tout homme qui croit en lui reçoit par lui le pardon de ses péchés ».

Le Seigneur Dieu lui-même, en ce jour nous envoie auprès de nos frères comme les saintes Femmes qui s’étaient rendues au tombeau : « Maintenant allez dire aux disciples et à toute créature : le Christ est vraiment ressuscité des morts ».

Et pour témoigner du Christ ressuscité...

Comme les Apôtres, aux premières heures de l’Église, nous devons être les témoins de Jésus dans un monde qui perd de plus en plus la notion et le sens de Dieu, dans notre monde où le problème de la mort continue à être incompris.

Notre formation chrétienne, notre méditation de l’Évangile, notre vie liturgique et plus encore l’enseignement de Saint Paul sur la résurrection et la mort doivent nous aider à créer, autour de nous, le « nouveau monde des ressuscités » d’où sera bannie la crainte de la mort : le Christ est ressuscité d’entre les morts... la mort a été engloutie par la vie, ô mort où est donc ta victoire ?

Partout dans nos paroisses, dans nos familles, dans nos divers milieux de travail, dans tous nos milieux de vie, nous devons prêcher par notre vie, par notre comportement, au besoin par notre parole la résurrection du Christ, fondement et gage de notre propre résurrection et apprendre à nos frères la richesse que nous a value la passion du Christ Jésus : « Vous êtes ressuscités avec le Christ. Recherchez donc les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu, le but de votre vie est en haut, et non pas sur la terre. En effet, vous êtes morts avec le Christ, et votre vie reste avec lui cachée en Dieu. Quand paraîtra le Christ votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire ». (Colos.3, 1-4)

Nous sommes non point des morts...

Ne nous abusons pas, mes frères et sœurs dans le Christ, sur le sens que Saint Paul donne à l’expression : « Morts avec le Christ » nous ne pouvons nous l’expliquer que dans le contexte de la « Nouvelle naissance » du baptême. Pour nous, mort et résurrection sont liées et arrivent au même moment. Notre mort est en même temps notre naissance. Ainsi la mort corporelle et la mort physique nous « est un gain » : « non nous ne mourrons pas », nous entrons dans la vie du Christ ressuscité.

« Nous avons été ensevelis par le baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle » Rom.4,11. Oui « ensevelis avec lui, lors du baptême, vous êtes aussi ressuscités avec lui, parce que vous avez cru en la force de Dieu qui l’a ressuscité des morts... Il vous a fait revivre avec lui ». Col.2,12

Non, mes frères, Dieu n’est pas mort : Il est ressuscité. Non, Dieu n’est pas le Dieu des morts, Il est le Dieu des vivants : le Christ est venu pour que nous ayons la vie et que nous l’ayons en abondance. Apprenons donc à nos frères le vrai sens des paroles de Saint Paul. Avec lui, nous devons leur faire saisir que le terme « Mort », dans le monde de la « Nouvelle vie » inaugurée au matin de Pâques et qui n’aura plus fin, ce terme « Mort » ne fait que signifier les différentes modalités de notre libération.

Morts, nous le sommes à la chair et à toutes ses convoitises : « Vous n’êtes plus dans la chair...Ainsi donc, mes frères et sœurs dans le Christ, nous n’avons plus de dette envers la chair pour devoir vivre selon la chair ». Rom.8,9-12

Morts, nous le sommes au monde, tel que Saint Jean nous le dépeint, ce monde auquel adhèrent ceux qui sont esclaves de leur chair : « Vous êtes morts avec le Christ aux éléments du monde » Col.2,20. Les préoccupations du monde, l’instinct de domination, la hantise des nourritures terrestres, tout ce que Satan présentait au Christ au début de sa mission et auquel nous nous plions très souvent, c’est de tout cela que le Christ Ressuscité, nous libère et nous affranchit.

Morts, nous le sommes aussi au poids de nos diverses traditions, qu’elles soient anciennes, ancestrales ou modernes, implantées et apportées par le monde de l’extérieur quel qu’il soit. Nous vous le disions, l’année dernière dans notre message pascal : Le Christ ressuscité nous libère de tout atavisme physique et psychologique. Les coutumes et traditions de tous genres sont purifiés dans le sang de l’Agneau : « Purifiez-vous donc et aidez vos frères congolais et étrangers à se libérer des vieux ferments et vous serez une pâte nouvelle, vous qui êtes comme le pain de la Pâques, celui qui n’a pas fermenté, qui n’a eu aucun contact avec le monde de la putréfaction qu’est le monde du péché ».

Célébrons donc la Fête non avec de vieux ferments : la perversité et le vice (la soumission aveugle aux habitudes séculaires, souvent païennes, ainsi qu’aux théories modernes, athées pour la plupart) ; mais avec du pain non fermenté : la droiture et la vérité. (1Cor.5,6b-8)

Mais des vivants.

Ainsi donc, mes frères et sœurs dans le Christ : dire paradoxalement que « nous sommes morts avec le Christ », c’est confesser que nous sommes vivants. Vivants de la vie de la grâce, la seule « Vraie Vie qui débouche dans la gloire, et dans la béatitude éternelle ».

« Ne savez-vous pas non plus que votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous et qui vient de Dieu ? Et que vous ne vous appartenez pas ? » (1Cor.6,19)

Chacun de nous porte les germes de l’éternité qui produiront leurs fruits « quand notre être corruptible aura revêtu l’incorruptibilité et que notre être mortel aura revêtu l’immortalité, lorsque s’accomplira la parole de l’Écriture : la mort a été engloutie dans la vie, où est-elle, ô mort, ta victoire ? où est-il, ton aiguillon ? l’aiguillon de la mort, c’est le péché, et la force du péché c’est la loi (nos coutumes, nos traditions et nos fallacieuses théories et idéologies du monde moderne). Grâces soient à Dieu, qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ ». (1Cor.15,54-58)

Ainsi donc en Jésus, « le règne de la mort sur l’homme a été détruit, non d’une façon mystique et imaginaire, mais réelle et historique, sous Ponce Pilate, dans l’événement indestructible de la Croix et de la Résurrection ». Avec Saint Paul, nous pouvons désormais nous dire et le répéter à nos contemporains : « Tout est à nous, soit le monde, soit la vie, soit la mort, soit le présent, soit l’avenir, tout est à nous ».

Forts de notre foi, nous pouvons clamer la fin de la domination de la mort et de la pérennité de la vie sans fin. Le Christ, Victorieux, dit aujourd’hui à chacun d’entre nous (et nous avons mission de le redire à ceux qui l’ignorent ou l’ont oublié) : « Ne crains rien, c’est Moi le Premier et le Dernier, le Vivant ; j’ai été mort, et me voici vivant pour les siècles, détenant la clef de la mort » (Apoc.1,18) « Celui qui croit en Moi ne mourra pas, il vivra ».

« Vivez donc dans le Christ Jésus » (Col.2,20) et aidez les autres à vivre en lui. En effet « le Christ Jésus est mort pour nous afin que, éveillés ou endormis, nous vivions unis à lui » (1Thes.5,10).

Prêts à communiquer la joie de la Résurrection :

Oui, mes frères et sœurs dans le Christ, c’est à Jésus Ressuscité que nous appartenons, tous, les chrétiens par « l’incorporation baptismale » et tous les autres par « vocation générique” pour tout homme.

Personne, mes frères et sœurs, n’échappe à la Royauté de Jésus Ressuscité : « Il est la lumière véritable qui éclaire tout homme » (Jn.1,8) Ainsi donc, en ce jour de Pâques et tous les jours de votre vie, nous vous redisons les recommandations de Paul à la communauté chrétienne tenue par Timothée : « Je recommande donc, avant tout, qu’on fasse des demandes, des prières, des supplications, des actions de grâces pour tous les hommes, pour les responsables politiques et tous ceux qui partagent l’autorité avec eux, afin que nous puissions mener une vie calme et paisible en toute dignité. Voilà ce qui est bon et ce qui plaît à Dieu, notre Sauveur, lui qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. Car Dieu est unique, unique est aussi le médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, homme lui même, qui s’est livré en rançon pour tous » (1Tim.2,1-6). Tel est mes frères et sœurs, le témoignage dont nous avons été établis, nous tous, hérauts et apôtres. Ainsi donc, comme le demandait Saint Paul « je vous demande que tous vous priez en tout lieu, élevant vers le ciel des mains pieuses ».

A vous tous et à chacun, nous confions cette agréable mission de vous aider les uns les autres en actes et en prière, pour que chacun soit fidèle à la vocation qu’il sent la sienne, pour mieux servir dès maintenant et demain Dieu, son prochain et notre pays. Puissiez-vous être ressuscités vraiment avec le Christ, en aidant son Église et notre Église, en aidant vos Évêques dans la lourde responsabilité financière des Séminaires, des Juvénats, des Postulats, des Noviciats où se forment les futurs serviteurs et servantes de Dieu. Ainsi la quête d’aujourd’hui, votre Évêque la sollicite pour l’entretien de nos maisons de formation et le denier du culte pour la subsistance matérielle de vos prêtres, notre clergé.

A tous et à chacun en particulier, nous demandons de rayonner votre foi en Jésus Ressuscité, qui se trouve auprès de Dieu le Père, où Il nous prépare une place, et qui nous attend pour la Vie éternelle. Puissions-nous par notre vie, par notre comportement faire partager aux autres, dans nos familles et les autres milieux de vie, nos qualités chrétiennes, notre foi en Jésus, l’Unique Sauveur.

Puissiez-vous, dans notre monde si souvent dominé par la crainte de la mort proclamer : « Pour moi, ... la vie c’est le Christ, et mourir m’est un gain ... j’ai le désir d’aller rejoindre le Christ Ressuscité ». (Phil.1,21-22)

Le Christ nous attend tous au-delà de la mort, notre ultime rencontre avec Dieu où nous nous entendrons dire : « Venez les bénis de mon père ... vous qui avez gardé ma parole ... et qui avez cru que je suis le Sauveur ».

Le Christ, chaque jour nous redit, et nous devons répéter à tous nos frères : « En vérité, en vérité je vous le dis, si quelqu’un garde ma parole, il ne goûtera jamais la mort ... je le ressusciterai au dernier jour ».

Christ est ressuscité Alléluia ! Nous sommes ressuscités avec lui Alléluia ! Vivons mes frères et sœurs en ressuscités et aidons les autres à vivre en ressuscités.

Amen.

Émile Cardinal Biayenda,
Homélie à la fête de Pâques,
le 18 Avril 1976 en la Cathédrale Sacré-Cœur

 


 
 
 
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