Mgr Anatole MILANDOU Archévèque de Brazzaville
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LA MÉMOIRE BIAYENDA


 
 
 
 

« Chacun de nous à une place, un rôle à remplir »

Tous, nous devons être persuadés de deux choses : il faut se mettre au travail, tout de suite ; remettre au lendemain n’est pas digne d’un homme. C’est aujourd’hui même qu’il faut ou changer notre manière de voir les choses, ou transformer nos habitudes. Pour cela nous répéter inlassablement : « il y a quelques chose à faire, je peux faire quelque chose ».

Vous, parents, votre tâche immédiate, urgente, primordiale est de faire de votre foyer ce « mbongui », cette âme où vos enfants se développeront, s’éduqueront, se formeront. Un certain nombre d’entre vous se réunissent régulièrement en groupe de foyers pour discuter ensemble de leur problème de foyer. Que ces groupes se multiplient, se développent. Il ne peut y avoir d’éducation sans ce « mbongui » familial qui rassemble parents et enfants dans une même case, pour vivre une même vie. Avons-nous suffisamment compris que la disparition de nos « mbongui » de village était, de la part de Dieu, une invitation pressante à les recréer au sein de nos foyers ... ?

Tout effort entrepris pour rester au foyer au lieu de rendre visite aux amis, au lieu de traîner dans les bars, tout effort entrepris pour discuter en foyer de l’éducation des enfants, tout effort entrepris pour réunir souvent les enfants, tout cela qui coûte et nous oblige à changer nos habitudes, tout cela, ce sont nos enfants qui en seront les premiers bénéficiaires. Tout cela est possible, réalisable aujourd’hui, tout de suite. N’oubliez pas aussi que vous vous devez de collaborer avec ceux qui sont responsables de la formation de vos enfants : les enseignants, les responsables des mouvements de pionniers, les responsables des jeunes, les catéchistes, les responsables de vos paroisses. Sachez discuter avec eux, ne leur refusez jamais une collaboration lorsqu’ils vous la demandent. Je pense, par exemple, aux associations de parents d’élèves, à la construction de la classe, ou à toute autre activité qui nous oblige à travailler ensemble.

N’oubliez pas, enfin, de prier, de prier souvent, de prier en foyer, de prier avec vos enfants. Un père, une mère qui oublie ou néglige de prier souvent pour ses enfants manque gravement à son devoir.

Vous, enseignants, éducateurs, soyez persuadés que nous cherchons à vous aider, dans votre tâche, dans le respect de votre travail et de vos responsabilités. N’oubliez pas qu’être enseignant ou éducateur est un métier qui réclame compétence et intelligence. Vous vous devez de participer à ces séminaires de recyclage, organisés par vos responsables. Ils vous permettent d’adapter vos méthodes aux données nouvelles des sciences sociales, des découvertes pédagogiques. Être éducateur, être enseignant est un métier que l’on doit accomplir avec une conscience professionnelle scrupuleuse. Lorsque vous manquez une classe, lorsque vous ne préparez pas une leçon, ce sont les enfants qui en subissent les conséquences, c’est aussi toute la société congolaise. En avez-vous bien conscience ?

Être enseignant, être éducateur est un métier, oui !, mais c’est aussi et surtout une vocation. Vocation que vous avez à découvrir chaque jour. Vous, enseignants et éducateurs chrétiens, n’oubliez pas que vos prêtres, vos religieux et religieuses, eux aussi ont vocation d’éduquer. N’ayez pas peur, n’ayez pas honte de venir discuter avec eux, de dialoguer avec eux : vous en serez les premiers bénéficiaires, les enfants en tireront profit ; ils se sentiront pris en charge et par leurs parents, et par leurs éducateurs et par leurs prêtres.

Vous, catéchistes, qui enseignez aux enfants la Parole de Dieu, avez-vous suffisamment compris que vous êtes des éducateurs de la foi ? Que cela exige de vous un témoignage ? Enseignez ce que vous vivez, ce que vous cherchez à réaliser dans votre vie. Vous avez à faire découvrir une présence : celle du Seigneur ; une vie : la vie de Dieu en chacun d’entre nous ; un don reçu : la foi qui nous permet d’expérimenter cette présence et cette vie dans tous les événements de notre vie. Si nous-mêmes n’avons rien senti, rien expérimenté, comment voulez-vous que notre catéchisme soit ce moment privilégié où l’enfant découvre que tout ce qui fait sa vie : famille, école, paroisse, groupe de pionniers, stade, que tout cela a un sens aux yeux du Seigneur et l’aide à découvrir la volonté divine sur sa propre vie ?

Vous comprendrez facilement, frères et sœurs catéchistes, que votre rôle est irremplaçable, merveilleux. Il exige de vous, compétence : ce sont toutes ces journées de formation organisées par la Direction diocésaine de la Catéchèse ; il exige de vous, humilité pour vous mettre à l’écoute du Seigneur. Humilité qui vous sera donnée dans la prière : priez-vous ?, priez-vous souvent ?, priez-vous longtemps ? Humilité qui vous sera donnée dans les sacrements : communion et pénitence ; humilité qui vous sera donnée par tout ce que nous appelons la vie intérieure, la vie spirituelle. Vous voulez être de bons catéchistes, tant mieux ; que le Seigneur en soit remercié : soyez alors des saints !

Vous, jeunes des classes terminales, de l’École primaire, des CEG et des Lycées, des Facultés, vous commencez à prendre vos responsabilités, vous cherchez à affirmer votre personnalité, vous voulez être respectés et être reconnus comme jeunes ayant une place, un rôle à remplir dans la vie de votre famille, de votre pays, de votre mouvement, de votre Paroisse. De telles aspirations se résument en un mot : vous voulez être des hommes libres et responsables. Vous voulez être libres et responsables ; eh bien, rendez les autres tels : vos frères, vos sœurs, vos aînés. Comment ? En partageant. En partageant votre intelligence et les dons que vous avez reçus.

Dans vos classes, il y a des jeunes qui sont faibles, qui n’ont pas de livres, de cahiers : aidez-les dans toute la mesure de vos moyens, travaillez avec eux. En les aidant à se développer, vous vous apercevrez que, du même coup, c’est vous aussi qui vous êtes développés.

Dans vos villages, il y a des cours du soir d’alphabétisation, participez à ces cours, offrez vos services, votre temps, votre compétence. Vous rendez des femmes et des hommes heureux, vous aussi, par le fait même.

Dans vos villages, dans vos CEG ; il y a des travaux à faire ; n’attendez pas que le professeur ou le directeur vous oblige à travailler et par punition ; transporter les pierres qui aideront à la construction d’une classe, participez aux opérations "retroussons les manches" qui se font autour de vous ; vous aiderez vos aînés à développer notre pays ; c’est vous aussi qui en profiterez.

Si tous et chacun d’entre nous, mettons tout de suite et sans tarder ces quelques conséquences en pratique, croyez-moi, il y aura quelque chose de changé dans notre pays, il y aura un pas de fait et nos enfants trouveront, auprès de nous, l’aide et le soutien qu’ils sont en droit d’attendre.

Extrait de la lettre pastorale du cardinal Émile BIAYENDA,
le 22 Février 1973

 


 
 
 
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