Mgr Anatole MILANDOU Archévèque de Brazzaville
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LA MÉMOIRE BIAYENDA


 
 
 
 

« Les Congolais ont un frère, un ami au ciel, en reconnaissance qu’est-ce que nous avons déjà fait voici 29 ans déjà ? »

Le Père Ange MAMPOUYA-MA-LWANGA

Père Ange Mampouya-Ma-Lwanga, premier Trinitaire du Congo, Curé de la Paroisse Ste Trinité à Kinsoundi. Il est notre invité du mois de Juin. Avec lui, nous nous sommes entretenus sur la personne du Cardinal Émile Biayenda. Voici ses réponses.

La Mémoire Biayenda : Père Ange MAMPOUYA-Ma LWANGA, le Cardinal Émile Biayenda est mort à deux ans de votre ordination diaconale, pouvez-vous nous dire, comment l’aviez-vous connu et quel souvenir gardez-vous de lui ?

Père Ange Mampouya Ma-Lwanga : Le Cardinal, est pour moi, comme un père. Un papa qui savait mettre de l’ordre dans la maison. Sa vie m’a tellement marqué que j’ai fait de lui un modèle. Vous savez, à notre époque, au Séminaire, nous étions très bouillants et contestataires. Et lorsque nous allions le rencontrer à la Cathédrale, pour lui faire le compte-rendu d’une situation qui s’était créée au Séminaire, il nous avait bien reçus, et nous avait séduits. Le Cardinal nous avait prodigué des conseils comme sait le faire un bon père. Voilà ce qui m’a marqué en lui. Donc dans ma vie de prêtre, je l’ai pris comme modèle. Car, il savait pardonner quand les enfants avaient commis une faute.

Le Cardinal Biayenda, c’est lui qui a reçu notre admission au diaconat et devait nous ordonner prêtres, l’abbé Joseph Yongolo et moi. Lorsque les événements que vous connaissez sont arrivés, il sera assassiné. Donc, il nous fallait attendre et c’est finalement Mgr Barthélemy Batantu qui viendra nous ordonner. Nous sommes les premiers a avoir le sacrement de l’ordre des mains de Mgr Batantu.

La M.B. : Abbé, Évêque, puis Cardinal Émile Biayenda, de ces trois étapes, laquelle vous a marqué le plus ?

P.A.M.L. : A mon humble avis, je ne l’ai pas bien connu comme abbé, parce que je n’avais pas eu l’occasion de le rencontrer et même aussi comme évêque coadjuteur, je me souviens qu’il est venu nous rendre visite à Mbamou, au Séminaire. Et, comme Mgr Théophile Mbemba, Archevêque de Brazzaville venait de mourir, il devait lui succéder automatiquement. Personnellement, Émile Biayenda, je l’ai très bien connu comme Cardinal et c’est à ce moment que je l’ai beaucoup plus côtoyé. Il connaissait les origines de mon père, parce qu’il était de Vindza, comme lui. Il aimait appeler mon père « Ya Mampouya ». Le Cardinal me le rappelait souvent et c’est grâce à lui que je l’ai connu.

Autre fait qui m’a marqué, en ce grand homme, c’est lors d’une de ses visites au Grand Séminaire, à notre époque, et la manière dont il s’entretenait avec ses séminaristes, m’était restée en souvenir. C’est une image que je ne pourrais oublier.

La M.B. : Pourriez-vous vous rappeler votre première et votre dernière rencontres ?

P.A.M.M. : Notre première rencontre avec le Cardinal a eu lieu au Grand Séminaire et depuis lors, j’allais, de temps en temps, le rencontrer à l’évêché. Pour la dernière fois, je ne sais plus, si ce n’est à l’évêché, lorsque je suis allé lui annoncer ma souffrance morale pour la maladie de mon frère aîné. Une grâce très forte m’a réconforté et j’ai rejoint le Grand Séminaire dans la joie de poursuivre ma route du sacerdoce.

La M.B. : Pratiquement, Père, vous vous rendez tous les samedis à la « Montagne de Djiri » où il a subi le martyre en compagnie de quelques chrétiens de votre paroisse. Comment vous est arrivée l’idée d’y aller souvent et quels sont les critères de participation ?

P.A.M.M. : D’abord, je vous annonce que nous fêtons, cette année, nos 10 ans de l’implantation de notre famille religieuse au Congo-Brazzaville. Donc, je me suis dit qu’il fallait un cheminement spirituel, durant toute cette période préparatoire à ce grand événement. J’ai donc choisi, comme lieu de cheminement spirituel, la montagne de Djiri où le Cardinal Émile Biayenda a laissé un témoignage de vie courageux à l’Église et pourquoi pas au pays, en se donnant en sacrifice pour l’unité des filles et fils de ce pays. D’ailleurs, ce pèlerinage va se terminer avec la célébration des festivités de nos 10 ans. Maintenant que tout le monde connaît ce lieu, et a appris comment approcher un endroit béni comme celui-là où le Cardinal Biayenda a subi le martyre, chacun et chacune, seul ou en groupe organisé, désireux de s’y rendre, pour prier et méditer, peut le faire sans notre présence. Ce que les gens doivent savoir : ce lieu témoigne le sacrifice du Cardinal, mort pour sa foi, pour cette Église et pour la paix au Congo.

Pour ne pas me répéter, les gens doivent se mettre en tête que ce lieu est une place du sacrifice, où un pasteur comparable à son maître Jésus, s’est livré comme un agneau.

Connaissant son témoignage de vie, il pouvait, peut être, refuser et ne pas venir en ces lieux. Mais, comme il fallait laisser un témoignage aux générations futures, il s’est donné… silence.

Concernant les conditions de participation, c’est que tous les samedis, et lorsque nous programmions un pèlerinage, celui qui voulait se joindre à nous, n’avait qu’à payer la somme de 1.000 Frs, pour prendre un moyen de déplacement jusqu’au pont de Djiri. Le reste du trajet, nous faisons notre montée spirituelle à pied, en prière et en méditation. sans oublier la récitation du chapelet, avec les mystères douloureux, glorieux et de lumière du Christ, et ce, jusqu’au sommet de la montagne.

Mais, entre là où est implanté le grand panneau et le sommet de la montagne, nous faisons notre chemin de croix.

La M.B. : Après vos multiples pèlerinages à cette montagne, avez-vous déjà reçu des témoignages de la part des chrétiens qui vous accompagnent en ces lieux ?

P.A.M.M. : Non, je crois que la première grâce que nous pouvons avoir du Cardinal, c’est le témoignage qu’il nous laisse.

C’est comme Jésus qui nous a laissé le témoignage de son amour pour nous sauver, comme il nous l’avait dit lui-même, « qu’il n’y a pas un grand amour que celui qui se donne pour les autres.. »

Nous n’allons pas, à cette montagne, chercher d’autres signes.

Le signe vivant est là, le martyre du Cardinal Biayenda. Un autre signe merveilleux, c’est que tous ceux qui s’y rendent ne sont pas forcément des catholiques. Il ne faut pas douter de leur foi. Ce qu’il y a lieu de faire, c’est de mettre des garde-fous, une structure qui sera là pour régulariser la montée en ces lieux.

Lorsqu’on se rend à cette montagne, on a du mal à quitter les lieux.. Vous l’avez, vous-même, constaté, avec le pèlerinage des jeunes du Renouveau. Beaucoup d’entre eux avaient du mal à quitter cet endroit. Voilà pourquoi, il était mieux de faire un enseignement sur cette montagne comme avait fait Notre Seigneur Jésus sur la montagne.

La M.B. : A propos de cette montagne, ce terrain est une propriété de l’Église Catholique, mais abandonnée aux sectes et autres groupements que vous connaissez. Quelles suggestions pouvez-vous faire à nos autorités ecclésiales ?

P.A.M.M. : Je pense, que le chrétien catholique, le chrétien tout court, ne peut pas laisser cet endroit à la merci de tout le monde, sans mettre de garde-fous. Nous devons mettre une structure pour protéger ce lieu. Nous sommes encore témoins de ce qui s’est passé, c’est donc nous qui devons léguer à la génération future quelque chose de palpable et de significatif, pour que la mémoire de notre vénéré pasteur, encore vivante en nous, reste de générations en générations.

Il nous faut implanter, en ces lieux, des tableaux de chemin de Croix. Pourquoi un chemin de croix, c’est simplement parce que le Cardinal a suivi un chemin de croix, un chemin de souffrance, à sa manière, jusqu’à se donner en sacrifice, avant de nous quitter, avant d’être porté dans la gloire du ciel. Un chemin de croix comme celui de Jésus qui est mort au Golgotha sur une montagne. Donc, pour marquer les grandes étapes de souffrances subies par Émile Cardinal Biayenda, il faut implanter un chemin de croix.

La M.B. : Père, il y a des théologiens qui nous disent que le chemin de croix, en ces lieux, n’a pas de sens ?

P.A.M.L. : Non, dire qu’un chemin de croix n’a pas de sens, en ces lieux, c’est comme si l’on minimisait le chemin de croix du Christ. Mais, le chemin de croix du Christ, c’est le chemin de la gloire. Donc, tout ce que Jésus a souffert sur la croix, signifie son entrée dans la gloire et aussi pour glorifier son Père.

Le Cardinal Émile Biayenda, en acceptant d’aller à cette montagne, malgré lui, parce qu’on l’y a conduit, lui aussi, a suivi un itinéraire dicté par ses bourreaux. Il a donc suivi un chemin de croix à sa manière, puisqu’il a été sacrifié par la suite.

Le Cardinal a vécu ce chemin de croix dans son corps. Il a subi des tortures, des menaces et y a versé son sang, comme son maître, conduit à l’abattoir comme un agneau, sans mot dire.

Pour me résumer, un chemin de croix, en ces lieux, sera le bienvenu, parce que nous allons suivre le chemin parcouru par le Cardinal, peu avant sa mort.

Et à Lourdes, n’y a-t-il pas un chemin de Croix que les gens suivent. Pourquoi mes confrères veulent-ils s’y opposer et pour quelle raison ?

La M.B. : Dans votre vie de prêtre, avez-vous déjà été en contact avec les gens qui, par l’intercession du Cardinal Émile Biayenda, ont reçu les faveurs de Dieu ?

P.A.M.L. : Les gens qui ont reçu des grâces ou des faveurs de Dieu, je crois qu’ils sont légion. Il y a de ceux qui ont reçu des guérisons physiques, et même spirituelles. Mais, comme l’Église prend son temps pour reconnaître ce genre de faits, ce qui fait que beaucoup de mes confrères sont réservés. Il y a, effectivement, des guérisons dues à l’intercession du bon Cardinal. Aussi, puis-je affirmer qu’il y a beaucoup de merveilles qui se font par l’intercession du bon Cardinal.

Personnellement, je peux vous dire que j’ai, moi-même, reçu des faveurs du Cardinal Émile Biayenda et de Tata Mgr Nkounkou, à la suite de mon accident sur le chemin de fer. Je vous dis que j’ai été pratiquement mort. Mais, les deux étaient à mon chevet, me voici encore debout devant vous. J’attribue d’abord ma guérison miraculeuse à ces deux grands hommes d’église, Mgr Nkounkou et le bon Cardinal Émile Biayenda.

La M.B. : La célébration du 30e anniversaire de la mort du Cardinal Émile Biayenda, c’est dans quelques mois et, pratiquement, rien ne semble se décider dans les couloirs. Quelle suggestion pouvez faire à cet effet ?

P.A.M.L. : C’est bien dommage que rien ne semble bouger dans ce sens, en cette année du Cardinal Émile Biayenda, dans l’Archidiocèse de Brazzaville, en dehors, bien sûr, du Renouveau charismatique qui a organisé deux grands rassemblements de jeunes à la montagne et à la Cathédrale, les 6 et 28 Mai 2006.

La célébration des 30 ans de la mort du Cardinal est une grâce pour nous qui avions connu, touché la personne et cette génération qui ne l’a pas connu, d’être ensemble, pour voir ce qu’il y a lieu de faire ensemble, pour marquer cet anniversaire. Nous pouvons voir quel signe pouvons-nous marquer en ce lieu saint ? Marquer ce lieu, aujourd’hui ne cherche pas des milliards, quand je sais que nous dépensons quelquefois beaucoup pour rien. Un exemple, dans nos paroisses, observer seulement comment nos mouvements s’organisent pour leur fête patronale. Ce sont des dépenses folles qu’ils opèrent. Donc, pour le Cardinal, si on leur demandait de faire un geste, croyez-vous qu’ils resteront les mains croisées ? Je ne le pense pas.

Dans nos fraternités, les mamans arrivent jusqu’à faire des cotisations à hauteur de cinq, dix mille francs, au moins. Pour le Cardinal, croyez-vous que nos groupements ne pourront rien faire ? Commençons par des fondations et les générations futures continueront l’œuvre que nous aurons laissée, en mémoire du vénéré Cardinal Émile Biayenda. L’Église a des mains valides et des gens de bonne volonté, pour nous venir en aide. Nous avons des chrétiens architectes, qui peuvent réfléchir pour nous et proposer ce que nous devons faire en ces lieux.

Tout dernièrement, je l’ai lu dans votre journal, de novembre 2005, n°73, lorsque Mgr l’Archevêque avait dit à Djiri, lors de l’ouverture de l’année pastorale de la jeunesse : « sur cette montagne nous devons ériger un sanctuaire en souvenir du vénéré Cardinal Émile Biayenda ». Je me dis que l’idée est bonne, est-ce qu’il y a eu un suivi à la parole de l’Ordinaire du lieu ?

Les Congolais ont un frère, un ami au ciel. En reconnaissance, qu’est-ce que nous avons déjà fait voici 29 ans de cela ?

Ce que je peux suggérer, aujourd’hui, c’est de mettre un chemin de croix avec les stations officielles le long de la trajectoire suivie par le Cardinal, peu avant sa mort. Certains témoins sont encore en vie, ils peuvent nous aider à nous indiquer le chemin parcouru peu avant la mort du Cardinal.

La M.B. : Mais, Père, les témoins ont encore peur de se prononcer.

P.A.M.L. : Peur de quoi ? Peur de qui ? Ils oublient qu’en aidant l’église à mettre un chemin de croix sur le parcours suivi par le Cardinal, peu avant sa mort, ce sera pour eux, un signe de bénédiction et de pardon.

A la Conférence Nationale Souveraine, il y a des gens qui nous ont relaté cette affaire. Ces gens-là, ont-ils seulement amusé la galerie ? Je ne le crois pas. Et, personne des leurs qui se sont prononcés à ce sujet, dans la grande salle du Palais de Parlement, n’ont été inquiétés par qui que ce soit. Ont-ils été mis en prison pour le Cardinal ? Pas du tout.

Voyez seulement ce qui s’était passé, de l’autre côté du fleuve Congo, le bourreau de la Bienheureuse Annuarité Nengapeta, lui, avait témoigné publiquement à la radio, à la télévision. Était-il arrêté ? Pas du tout. Mais, bien au contraire, il avait reçu la bénédiction de Sa Sainteté le Pape Jean Paul II. Donc, que les commanditaires et les bourreaux du Cardinal se le mettent en tête : Si le Congo doit avoir un Bienheureux ou un Saint, c’est grâce à eux. Qu’ils n’aient pas peur de témoigner.

Par l’intercession du bon Cardinal Émile Biayenda, ils auront beaucoup de grâces en aidant l’Église à monter un chemin de croix, en ce lieu.

La M.B. : Père, nous tirons vers la fin de notre entretien, nous vous connaissons fervent lecteur du journal « La Mémoire Biayenda », s’il vous était demandé de donner vos impressions, que direz-vous ?

P.A.M.L. : D’abord, je dis merci et félicitations pour le respect de votre périodicité. Merci pour les paroles prophétiques du Cardinal que vous mettez en notre possession et aussi pour les différents témoignages que vous publiez. Les témoignages qui nous sont proposés sont concordants.

En plus, je voudrais vous demander pourquoi, le témoignage de Mpemba Charlotte ne paraît jamais dans votre journal. Chaque chose a toujours un début, je pense qu’à mon humble avis : ce témoignage à un sens. Tout est parti de ce témoignage. Il ne faut pas cacher l’histoire et la vérité. Si le Cardinal a voulu choisir une personne pour donner son message, pourquoi voulons-nous le tronquer ?

La M.B. : Votre mot de la fin.

P.A.M.L. : Je demande seulement au Seigneur et à la Sainte Vierge Marie, la grâce de voir la Béatification et la Canonisation du vénéré pasteur, le Cardinal Émile Biayenda.

Merci à tous les acteurs qui se donnent de la peine pour réaliser ce journal.

 

Propos recueillis par Grégoire YENGO DIATSANA

 


 
 
 
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