Mgr Anatole MILANDOU Archévèque de Brazzaville
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LA MÉMOIRE BIAYENDA


 
 
 
 

Commémoration du 29e anniversaire de la mort du Cardinal Émile Biayenda

De près ou de loin, les chrétiens du Congo se sont souvenus de l’Homme

A l’horizon de tous les rêves et projets humains se profile, inéluctablement, le spectre de la mort. Abandon total des êtres les plus chers au monde, séparation brutale, brisure inattendue, rupture décisive de ce que nous sommes et de ce que nous avons ; telle avait été la mort du Vénéré Pasteur Émile Cardinal Biayenda.

De cette mort cruelle, l’Église du Congo, particulièrement la communauté ecclésiale de Brazzaville, avait senti le vide des condoléances verbales ou écrites que l’on adresse à quelqu’un qui vient d’être frappé douloureusement dans ses affections les plus chères. Comment voudrait-on qu’une parole humaine puisse adoucir sa peine, calmer son angoisse, désarmer sa révolte ? Devant le scandale de la mort, point de consolation qui tienne, hormis peut-être le soutien discret de la compréhension, de l’amitié, de l’amour et surtout de l’Espérance. « Toute notre œuvre en cette vie, disait Saint Augustin, est de guérir les yeux du cœur pour qu’ils puissent contempler Dieu ».

Après presque trois décennies, la commémoration de la mort du Vénéré Pasteur est à entrevoir sous le SIGNE DE L’ESPÉRANCE, pour notre société congolaise en général, et pour notre Église Chrétienne. Dans son livre : Théologie de l’espérance, J. Moltmann écrit : « Être chrétiens signifie avoir l’espérance, posséder, c’est-à-dire le fil robuste qui attache notre être actuel, inachevé et imparfait, à notre être final, accompli et parfait ». C’est un fil d’or, parce qu’il est enraciné en Christ, Vainqueur du péché et de la mort : c’est lui, présent dans l’Eucharistie comme « médicament d’immortalité », qui attache la précarité de l’aujourd’hui à la plénitude de l’éternité, en nous rappelant que « les souffrances du temps présent ne sont comparables à la gloire future qui nous est réservée » (Rm. 8,18). Continuellement attachés à ce fil d’or, à travers l’Eucharistie, nous attendons la manifestation glorieuse du Ressuscité pour que « notre corps mortel et corruptible soit revêtu d’immortalité, d’incorruptibilité » (ICor. 15,54).

Enracinés dans le Christ, nous sommes Fils de l’Espérance à l’intérieur de la réalité terrestre et du temps dans lequel nous vivons. Nous sommes, en fait, présents dans le monde et artisans de ce que Paul VI appelait « la civilisation de l’amour », dans la mesure où nous allons vers Dieu et nous le cherchons, en associant la messe dans la prière du Christ et de l’Église. Ce fil robuste dont parle Moltmann est donc l’espérance qui trouve son aliment dans la prière, à travers lequel nous reconnaissons, dans les évènements, heureux ou tristes qu’ils soient, l’action paternelle de Dieu et nous en célébrons la Grandeur.

Commémorer la mort du Vénéré Émile Cardinal Biayenda signifie célébrer la « grandeur » de la personnalité de ce Pasteur.

Émile Cardinal Biayenda ne se propose pas comme un stéréotype ou un modèle distancié ou injoignable. En lui, nous voyons par contre le visage d’un père, d’un ami, d’un frère.

Ce sens de paternité, qui a caractérisé toute son expérience sacerdotale, est, pour nous aujourd’hui, un legs extraordinaire. Notre époque, marquée par des pathologies terribles de déficit de sens et par les paternalismes stériles, a besoin de références solides, accrochées à un capital de valeurs pour un investissement incessant. Et les témoignages de vie de ce Pasteur nous offrent, aujourd’hui plus que jamais, ce capital à mains ouvertes.

Toute sa vie - à en croire ceux qui l’ont connu - s’est structurée autour de celle de l’homme comme cœur, en devenant - ce que Benoît XVI a appelé récemment - « signe éloquent de l’amour de Dieu » au milieu de ses frères et sœurs congolais. Le cœur de l’homme comme centre, mystère d’origine, du parcours, d’objectif, correspond à cet ensemble de potentialités jamais contractées.

Émile Cardinal Biayenda, conduit par un optimisme fondamental, a cru et s’est investi infatigablement dans cette possibilité de l’homme comme être ouvert à l’Espérance, capable de s’appliquer à la construction d’un futur ou avenir plus humain. On serait tenté de lui prêter ce souhait à l’endroit du peuple congolais et de son Église chrétienne : « De près ou de loin, invisible, moi je pense toujours à vous. Un seul est mon désir : celui de vous voir heureux dans le temps et dans l’éternité ». C’est l’expression du cœur d’un père, qui désire le bien plus grand pour ses enfants : être plein de l’amour de Dieu et le communiquer aux autres.

La joie que nous souhaite Émile Cardinal Biayenda n’est pas un sentimentalisme éphémère, inauthentique. Elle se profile par contre comme un sentiment de plénitude, qui s’insère profondément dans les dynamiques vitales de l’être.

Être chrétien, capable de joie, signifie être chrétiens amoureux de l’homme, et surtout de Dieu. Tu opéreras, plein de bonne volonté dans le chantier de l’histoire. Semeur infatigable d’Espérance, parce que désireux d’un futur nouveau malgré tout. Malgré chaque défi lancé à une des époques plus malades sur le plan des valeurs et plus négatives sur celui de l’être, que tu te souviennes de l’histoire.

Sur l’exemple d’Émile Cardinal Biayenda, père tendre, affectueux, infatigable ouvrier dans la vigne du Seigneur, expert de la joie sans fin, un souhait : Redécouvrir la beauté de la paternité, mais non pas dans le signe du refuge irresponsabilisant, mais plutôt comme sécurité stimulante. Car seul celui qui vit, aujourd’hui la filiation, est capable de vivre, demain, la Paternité.

Abbé Aristide MILANDOU
Doctorand en Philosophie
Roma-ITALIA

 


 
 
 
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