Mgr Anatole MILANDOU Archévèque de Brazzaville
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LA MÉMOIRE BIAYENDA


 
 
 
 

Un coup d’œil sur le passé

« Tout n’est que grâce de Dieu ! »

Mon Dieu, me voici à cette fin d’année. C’est de tout cœur que j’accueille cette journée, car je vais pouvoir me recueillir, et, dans le silence, penser à vous, à vos bienfaits et me recommander à vous, après que je vous aurai béni, remercié et demandé pardon de mes défaillances, puis me donner et me confier, de nouveau, à vous, durant toute cette période de vacances.

Oui, mon Dieu et mon Père, merci pour tout ce que j’ai reçu de vous. Pardon de mes infidélités innombrables, donnez-moi de tout bien faire, par votre grâce pour l’avenir.

Tout ce qui nous arrive vient de vous. Et tout est grâce et bien que cela nous plaise ou non. Que de grâces alors ! Prise de Soutane le 9 Octobre, Tonsure, le 27 Mars, joie de vivre en communauté, de faire des études, de prier... Alitement de quelques jours par suite de fatigue, maux de dents, enfin la petite Françoise qui me communique son ardent désir d’entrer au Noviciat, en dépit des difficultés que cela va bientôt soulever. Le dur combat à soutenir pour ne point laisser étouffer la voix de l’innocente enfant. Les soupçons, les calomnies, toute la famille et tous les intéressés, dans cette affaire à se mettre sur le dos, je ne sais pour combien de temps. Les nuits d’insomnies ou de demi-sommeils, la supplique incessante vers le ciel d’où il faut attendre tout secours, au milieu de tout cela les examens oraux à préparer et à subir.

Mon Dieu ; tout cela a été permis par vous, aussi est-ce la plus grande grâce que vous m’avez faite et pour laquelle je vous bénirai toute ma vie. Désormais, beaucoup de vos paroles, consignées dans l’Évangile, auront un sens très précis et bien particulier pour mon âme.

Personne ne s’attendait à une pareille vocation de ma sœur et quand ça arrive, on est bouleversé, on s’efforce de faire démentir ce saint désir. C’est qu’on a oublié cette parole du Christ :

« Spiritus ubi vult spirat. Et vocem ejus audis
Et nescis unde veniat. Aut quo vadat...
 »
«  L’Esprit souffle où il veut. On entend seulement sa Voix.
Nul ne sait d’où il vient ni où il va
 ».

 
La dissension la plus absolue s’installe dans la famille, rien d’étonnant, car le Christ l’a prédit : « Pensez-vous que je sois venu apporter la paix sur la terre ? Non, vous dis-je, mais la division. Car désormais, dans une maison de cinq personnes, ils seront divisés trois contre deux et deux contre trois ; ils seront divisés père contre fils et fils contre père, mère contre fille et fille contre mère, belle-mère contre bru et bru contre belle-mère ». Luc XII, 51.53

La petite sœur autrefois dorlotée, habillée, vantée ne l’est plus, à présent. On lui ravit tout sans pitié, on promet de la ligoter, partout on se moque d’elle, c’est une insensée qui s’embarque, avec entêtement, sur les idées des autres. On ne craint pas de lancer qu’elle ne vivra pas longtemps, on l’accuse, enfin, implicitement au tribunal.

Le Christ avait déjà prédit tout cela : « Ils nous traîneront devant les rois et les gouverneurs à cause de mon nom. Ce sera pour vous une occasion de rendre témoignage. Prenez donc la résolution de ne pas vous inquiéter à l’avance de ce que vous aurez à répondre. Je vous donnerai une éloquence et une sagesse auxquelles de vos adversaires ne pourront ni résister ni contredire. Vous serez livrés par vos parents, vos frères, vos proches, vos amis ; quelques-uns d’entre vous seront mis à mort ; vous serez haïs de tous, à cause de mon nom. Mais, il ne tombera pas un cheveu de votre tête. C’est par la patience que vous sauverez vos âmes ». (cf Luc 21, 12.19)

Ainsi, il n y a rien de nouveau qui arrive au chrétien digne de ce nom. Sa vie toute entière devait être une réalisation de ce que le Christ a prédit. Et cela doit nous donner du courage et de l’amour pour souffrir.

Abbé Émile Biayenda
Avril 1959

 


 
 
 
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