Mgr Anatole MILANDOU Archévèque de Brazzaville

mercredi 19 décembre 2018


L'église Ste Anne


Mgr THÉOPHILE MBÉMBA


Mgr BARTHÉLÉMY BATANTU


L'église St Pierre Claver


Mgr ANATOLE MILANDOU

LA MÉMOIRE BIAYENDA


 
 
 
 

Le Cardinal Émile Biayenda est entré dans le cortège de nos héros, témoins de la foi.

Il y a 29 ans, lors des obsèques du Cardinal Émile Biayenda, le 27 mars 1977, Mgr Godefroy Émile MPWATI, alors évêque résidentiel du diocèse de Pointe-Noire, avait prononcé le message de réconfort et d’espérance, dont voici l’extrait.

Depuis les douloureux événements que nous avons connus, le 22 mars 1977, j’ai eu à enregistrer divers sentiments.

Oui, mes frères, c’est vrai, et cela se vérifie chaque fois. Mais, pour nous chrétiens, c’est dans une perspective de foi qu’il faut nous placer : et Caïphe, inspiré, pouvait dire avec nous, à propos : « Vous n’y entendez rien. Vous ne songez même pas qu’il est de votre intérêt qu’un seul homme meure pour le peuple, et que la nation ne périsse pas tout entière » « Or cela, interprète Saint Jean, il ne le dit pas de lui-même, mais étant Grand-Prêtre, cette année-là, il prophétisa que Jésus allait mourir pour la Nation, et non pas pour la nation seulement, mais encore, afin de rassembler, dans l’unité, les enfants de Dieu dispersés » (Jn. 11, 49b-52).

Et ce seul homme qui devait mourir pour le peuple et pour toute la nation, « afin de rassembler, dans l’unité, les enfants de Dieu dispersés », ne pouvait être qu’un saint, qu’un innocent, qu’un ami de Dieu, envoyé expressément dans ce but par Dieu le Père lui-même. Ce ne pouvait être que Jésus-Christ, « Lui qui, nous dit St Pierre, n’a pas commis de faute, - et il ne s’est pas trouvé de fourberie dans sa bouche - lui qui, insulté, ne rendait pas l’insulte, souffrant ne menaçait pas, mais s’en remettait à Celui qui juge avec Justice, lui qui sur le bois, a porté lui-même nos fautes dans son corps, afin que, morts à nos fautes, nous vivions pour la justice, lui dont les meurtrissures nous ont guéris. Car, vous étiez égarés comme l es brebis, mais à présent, vous êtes retournés vers le pasteur et le gardien de vos âmes ». (1P.2,22-25).

Voilà, mes frères, la vie du Christ, et voilà comment il nous a sauvés. Et ce même Pierre, le chef des Apôtres, nous aura enseignés auparavant : « C’est à cela que vous avez été appelés, car le Christ aussi a souffert pour vous, vous laissant un modèle, afin que vous suiviez ses traces ». (1P.2, 21).

Et ce modèle, Dieu merci, notre Cardinal, durant toute sa vie de prêtre et de pasteur, s’est appliqué à s’y configurer et à le reproduire. Humble, pauvre, fidèle à sa tâche, zélé, dévoué, charitable, simple et cordial, homme de prière, voilà les qualités qui ont excellé en lui. Aujourd’hui, où il est de notre intérêt qu’un seul homme meure pour le peuple, Dieu, nous révèle l’auteur du livre de la Sagesse, « l’a mis à l’épreuve, et il l’a trouvé digne de lui. Comme l’or au creuset, il l’a éprouvé, comme un parfait holocauste, il l’a agréé ». (Cf Sg.3,5b-6).

Mais ce genre de sacrifice révolte l’entendement humain, et les Apôtres, eux-mêmes, étaient les premiers à se révolter à l’annonce de la Passion de leur Maître : « Dieu t’en préserve, Seigneur ! dit Pierre, en le tirant à lui. Non, cela ne t’arrivera point » ! (Mt.1 56,222b)

Chrétiens, mes frères voilà la ligne de conduite à suivre, ligne de conduite pour notre salut, pour le salut du genre humain, dont nous sommes tous responsables, chacun à son niveau, ligne de conduite voulue par Dieu dans son plan de salut, et tracée par le Christ durant toute sa vie rédemptrice sur la terre. Avant nous, la Sainte Vierge Marie mère du Sauveur, les Apôtres, les martyrs, tous les Saints, sont entrés dans la gloire avec le Christ, en passant, après, lui par ce chemin de la croix.

Notre Cher Cardinal Émile est entré dans ce cortège de nos héros, témoins de la foi. Ils nous ont montré l’exemple, afin que nous fassions comme eux. « Heureux les persécutés pour la Justice, car le Royaume des cieux est à eux ». (Mt5, 10).

Que ces douloureux événements, mes chers frères, que ce sacrifice d’agréable odeur de notre Archevêque, nous aide à arracher de notre cœur tout sentiment de haine et de vengeance, d’ambition et de domination. Car, ce sont les sentiments de ce genre qui, entretenus en nous, finissent, tôt ou tard, par exploser en actes de violence. Le Seigneur nous demande d’être doux, patients et miséricordieux. C’est lui qui nous a dit « Heureux êtes-vous, quand on vous insultera, qu’on vous persécutera, et qu’on dira faussement contre vous toutes sortes d’infamies, à cause de moi. Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux » (Mt. 5,11-12).

Aux détenteurs du pouvoir public, à qui nous reconnaissons la lourde charge, grave de responsabilités, la lourde charge donc de gouverner le peuple, nous adressons cette prière, au nom de l’Église Catholique du Congo, aujourd’hui si éprouvée au nom de notre cher défunt, d’honorable mémoire, à qui les uns et les autres accordent tant de prix, et reconnaissent tant de mérites, qui a tant honoré le Congo et de qui le Congo était si fier, au nom des autres Évêques Congolais ici présents, au nom de tout le Clergé, congolais et expatrié, de religieux et religieuses, Congolais et expatriés, au nom de toute la chrétienté, au nom de tous les hommes de bonne foi et de bonne volonté, puisse désormais, chaque Congolais et chaque homme habitant au Congo, petit et grand, femme et homme, enfant et vieux trouver, grâce à votre sollicitude, l’assurance, la protection et la paix, qui lui permettent de vivre en confiance et en sécurité chez lui, parmi les siens et parmi ses amis, Dans le quartier, dans la rue, sur la place publique, au marché, à la gare, à l’aéroport, au travail, etc., qu’il trouve dans les représentants de l’ordre, des frères qui l’accueillent, qui le protègent et qui l’assistent. Que désormais, les nouvelles qui nous parviennent par la voie des ondes, nous rassurent et soient des messages de paix.

Et à vous tous, chers frères, que ce vœu du Christ, qui constitue déjà sur terre une récompense et un prix, puisse vous être attribué à juste titre : « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu ».(Mt.5,9).

Mgr Godefroy Émile MPWATI

 




 
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