Mgr Anatole MILANDOU Archévèque de Brazzaville
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LA MÉMOIRE BIAYENDA


 
 
 
 

Lorsque j’ai invoqué le bon Cardinal Biayenda, j’ai senti sa présence

Père Jean Pierre BATOUM du Cameroun

Le Père Jean Pierre BATOUM, de la paroisse Sacré-Cœur de New Bell de Douala au Cameroun, est un prêtre charismatique. Il est venu à Brazzaville pour animer une retraite spirituelle sur invitation des religieuses de la Congrégation des Sœurs de Cluny à Brazzaville. Au terme de son séjour, il s’est prêté à nos questions.

Père Jean Pierre BATOUM

La Mémoire Biayenda : Père, vous voici pour la deuxième fois au Congo-Brazzaville. La toute première fois vous étiez venu animer une campagne d’évangélisation avec le Renouveau Charismatique. Aujourd’hui, vous voici à nouveau à Brazzaville pour une autre activité. D’abord pour nos lecteurs, pourriez-vous vous présenter et nous dire par la suite le but de votre deuxième séjour au Congo ?

Père Jean Pierre BATOUM : Je suis un prêtre du diocèse de Douala au Cameroun et j’ai été invité ici au Congo par les sœurs de Saint Joseph de Cluny pour animer une retraite spirituelle de huit jours sur les dix commandements.

La M.B. : Au cours de cette retraite, nous avons appris que vous avez aussi effectué un pèlerinage au Mont Cardinal à Djiri, à sa tombe avant de visiter son appartement. Quelles impressions gardez-vous de ces lieux ?

P.J.P.B. : Pour répondre à cette question, je dirais que c’est pour la deuxième fois que je me suis rendu au Mont Cardinal. La première fois, c’était en 2008 lors du congrès panafricain du Renouveau Charismatique qui s’était déroulé au Grand Séminaire Émile Biayenda. A la fin de ce congrès, nous nous sommes rendus là-bas. Déjà à cette occasion, j’avais ressenti clairement, parce que le Seigneur me l’avait montré en vision que le Cardinal avait versé son sang pas seulement pour le Congo, mais pour l’Afrique tout entière. Dans la vision, je voyais ce sang qui coulait et rejoignait un fleuve. Je me suis demandé en mon for intérieur, s’il y a une rivière par ici qui va jusqu’au fleuve Congo donc…(silence).

Et cette année, au terme de la retraite avec les religieuses de Saint Joseph de Cluny sur les dix commandements, je voudrais vous dire en passant que tout au long de ladite retraite, j’ai bénéficié de l’assistance du bon Cardinal Émile Biayenda pour la simple raison qu’à mon arrivée, je me suis rendu à la Cathédrale saluer nos vénérés pasteurs qui sont inhumés en ces lieux. Depuis des années, j’ai l’habitude d’invoquer les prêtres et pasteurs défunts pour la simple raison que les prêtres meurent mais le sacerdoce est éternel et je me suis rendu aussi compte que c’est l’une des choses que nous oublions vite. Nous invoquons ceux qui sont déjà béatifiés ou canonisés, mais nous omettons les morts qui ne le sont pas encore.

Lorsque j’ai invoqué le bon Cardinal Biayenda, j’ai senti sa présence. Après avoir senti ce besoin personnel, j’ai fait cette proposition aux sœurs, s’il m’était possible d’aller au Mont Cardinal. Toutes les religieuses étaient très contentes d’y aller avec moi et nous y avons même célébré une messe.

Je bénis le Seigneur pour le courage qu’il a donné au Père, le bon Cardinal de se livrer comme un agneau. J’ai encore souvenance des textes lus à la messe dite sur cette montagne, le chant de méditation était tiré du psaume 23, « Tu es mon berger » et j’ai eu l’intime conviction que le vénéré pasteur a chanté au fond de son cœur, a prié ce psaume pendant qu’on le traînait avant que l’irréparable n’arrive.

Aussi, j’ai eu la grâce de pouvoir visiter là où il a vécu. C’est une bénédiction pour moi parce que lorsque nous entendons parler des saints ou des bienheureux , lorsque nous nous rendons en Europe ou ailleurs pour ceux qui ont la chance de se rendre là où ces saints ont vécu, je crois que cela leur fait quelque chose de particulier. Si le Seigneur depuis les siècles, depuis les années nous fait aussi cette grâce, je pense que nous devrions pouvoir aller puiser davantage et en abondance à ces sources de grâces. Lorsque j’ai été devant la grande photo du Cardinal Biayenda dans son appartement, je suis resté seul pour prier et j’ai dit merci au Seigneur parce que moi aussi, je peux lever mes yeux vers un évêque africain de surcroît un Cardinal qui a donné sa vie à sa suite. Je peux l’invoquer, l’appeler et sentir sa présence.

Comme toute la chrétienté du Congo-Brazzaville et même celle d’Afrique, j’attends avec confiance et sérénité l’aboutissement heureux de sa cause de béatification et de canonisation. Ce sera une grande grâce pour toute l’Afrique et pour le clergé congolais pour quoi pas africain.

La M.B. : Avez-vous connu notre vénéré pasteur ?

P.J.P.B. : Lorsqu’il est mort en 1977, j’étais en 5e au Petit Séminaire. Je pourrais dire que nous avons vécu cela en direct parce que notre évêque de Douala à l’époque Mgr Simon Tonnier était un ami personnel de Mgr Godefroy Pwati du diocèse de Pointe-Noire. Nous avions déjà des séminaristes congolais dans notre maison de formation religieuse. Donc ces événements douloureux : celui du président Marien Ngouabi, du Cardinal Émile Biayenda ainsi que celui du président Alphonse Massamba-Débat restent dans ma mémoire. Pour répondre à votre question, je n’ai pas connu physiquement le bon Cardinal Émile Biayenda, mais spirituellement je me sens très proche de lui.

La M.B. : Depuis 2003, l’Église du Congo a les yeux et les oreilles rivés en direction de Rome, après que les actes de l’enquête diocésaine furent envoyés à la Sacrée-Congrégation pour les Causes des Saints. Quel message adressez-vous à ce peuple de Dieu qui attend l’aboutissement heureux de cette cause ?

P.J.P.B. : Je ne dirais pas d’abord un message de réconfort. Moi, si je peux me permettre, ce serait une exhortation pour que chaque membre de l’Église du Congo, je dirais mieux chaque membre du peuple congolais devra se mobiliser pour cela. Tenez, lorsqu’il y a la construction d’une maison, tout le monde ne peut pas tout faire, mais chacun de nous peut faire quelque chose. Tout le monde n’est pas architecte, technicien, maçon, ferronnier et j’en passe. Mais moi qui ne sais rien de tout cela, je peux apporter un gobelet d’eau pour les ouvriers, du couscous pour ceux qui travaillent. Donc, il s’agit pour chacun de nous de donner sa participation ou d’apporter sa pierre à l’édifice.

Moi en tant que Camerounais, je peux apporter mon concours par la prière étant donné que je ne connais pas grand-chose sur ce que dit le Droit Canon à propos des Normes à suivre pour ce genre de travail, je dois prier pour que le Comité diocésain y relatif mis en place puisse travailler en communion de cœur pour que chaque personne donne sa contribution avec sérénité afin que cette œuvre avance. Vous savez, lorsque le Seigneur doit être glorifié quelque part, cela énerve le malin, il passe par toutes les portes qui sont ouvertes pour vouloir empêcher ou boycotter cette bonne action.

Je vais présenter mes humbles prières à travers ce petit chapelet pour que le malin ne puisse pas faire entrave à cette cause qui sera une grande grâce pour la nation congolaise et le continent africain qui souffrent parce que nous avons toutes les richesses humaines, spirituelles, matérielles et ce sont les autres qui en profitent et nous mêmes nous crachons dessus.

J’invite donc chaque membre du peuple congolais, chaque membre de l’Église du Congo quelque soit son niveau à donner une contribution à la hauteur de la sienne pour que cette cause aboutisse le plus tôt possible. C’est vrai qu’il faut de la patience, mais la patience ne veut pas dire lenteur et l’Église d’Afrique a soif. Nous avons déjà des martyrs et nous ne les invoquons pas assez. Dans un pays, avoir un évêque de surcroît Cardinal qui s’est donné comme un agneau à la suite du Christ par amour de ses frères, je crois que ce sera une explosion, un élan pour l’Église Afrique.

Propos recueillis par
G. Yengo Diatsana

 


 
 
 
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