Mgr Anatole MILANDOU Archévèque de Brazzaville
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LA MÉMOIRE BIAYENDA


 
 
 
 

Le Carême, un temps d’efforts pour les chrétiens pour mieux aimer Dieu

« Le Carême, un temps d’efforts pour les chrétiens pour mieux aimer Dieu, nous rendre plus attentifs à notre prochain »

Mes chers Frères,

L’heureuse habitude prise ici de célébrer par une messe spéciale le carême des malades, nous donne chaque année l’occasion de revenir parmi vous. Les hauts lieux de prière, et ils existent un peu partout dans le monde, dans chaque pays, chaque diocèse et chaque paroisse attirent toujours beaucoup d’âmes et tandis que les biens portants y vont d’eux-mêmes ces derniers et l’Église y organise aussi des pèlerinages pour les malades.

Ainsi par exemple : Lourdes en France et au Canada où j’ai été en novembre dernier l’Oratoire Saint-Joseph à Montréal, Notre-Dame du Cap à Trois-Rivières et Sainte Anne de Beaupré à Québec. Les pèlerins y arrivent de toutes parts. A Lourdes, ils font monter leur prière à Dieu par Marie, de même à Notre-Dame du Cap, à l’Oratoire de Montréal par Saint Joseph et à Sainte Anne de Beaupré par Sainte Anne bien sûr.

Dans notre Diocèse de Brazzaville, nous avons choisi Saint Pierre Claver, cette Église où à plusieurs moments s’effectue des heures d’adoration du Très Saint-Sacrement.

Mes frères, nous sommes en Carême, un temps d’efforts chrétiens pour mieux aimer Dieu, lui faire une très large place dans notre vie et nous rendre plus délicats et plus attentifs à notre prochain dans les problèmes de sa vie spirituelle, matérielle et morale. Nous montons ainsi vers Pâques, comme des Hébreux montaient vers la Terre Promise, et le Christ vers Jérusalem et vers son Père par le mystère de sa vie dans l’Incarnation et la Rédemption.

L’Église nous y aide par les textes liturgiques qu’elle propose chaque jour et chaque dimanche à notre méditation. Vos prêtres organisent pour vous : messes, récollections, séances de cinéma religieux. Vos Évêques vous proposent des thèmes d’orientation de vos activités profanes en vous indiquant dans leur lettre pastorale de cette année Votre place de chrétien dans la communauté nationale.

Nos efforts, et notre bonne volonté en face de toutes ces démarches et ces exigences indiquent l’intensité de notre foi en Notre Seigneur et notre vif désir de mourir et de ressusciter avec lui à Pâques.

Nous ne voulons pas faire cet effort tout seul, mais ensemble, en communauté, avec tout le monde : Aussi, pauvres pécheurs que nous sommes tous, il manquerait beaucoup à notre effort de carême si nous mettions de côté nos chers frères malades et avec eux tous ceux qui souffrent tant physiquement, moralement que spirituellement. Que nous ayons pensé à eux, qu’ils soient venus ici pour un but purement religieux est un signe, mes frères, d’avancement du royaume du Christ. Il l’a dit un jour à Jean qui l’interroge, Il répond : « Les aveugles voient et les boiteux marchent, les lépreux sont guéris et les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres ». (Mt.11,4)

Mais qui sont les pauvres, Mes frères ? Les uns les autres, tous, nous sommes ces pauvres. Le pauvre, c’est celui que je rejette. Qui est mon prochain ? Demandait-on un jour à Jésus. C’est l’autre, que j’estime moins, que je rejette sans même en avoir conscience : ma manière de parler d’eux, de les aborder, de les fuir ou de leur faire du bien.

Zachée dont nous parle la Bible était pauvre bien que riche et possédant beaucoup, car il était méprisé de son village, Or, Jésus choisit le méprisé. On peut avoir de l’argent, si on se sent méprisé, l’argent ne parvient pas à compenser.

Sommes-nous tous des pauvres ? Oui, car pour Jésus nous pouvons être pauvres de trois manières :

Pauvres matériellement, pauvres d’argent :

Les bergers de la crèche de Bethléem, la foule des Béatitudes qui sont :

La foule des affamés :

Pour qui le Christ multiplia les pains ? La foule des malades : « A la vue des foules, il en eut pitié et aussitôt il se met à guérir toute maladie et toute langueur ». (Mt.9,35 ; 10,2)

Pauvres moralement :

Pas seulement des pauvres types (nous le sommes tous). Mais parmi eux, ceux qui ont perdu leur réputation : La femme adultère, Matthieu, par sa profession de collecteur d’impôt, Marie Madeleine chez Simon, (le larron). Ces pauvres-là, disait Jésus, « vous précéderont dans le royaume des cieux ». (Mt.6,2-3)

Pauvres spirituellement :

Sans mépriser personne, Jésus a aimé avec prédilection les hommes pauvres, simples, conscients de leur situation. Jésus a choisi, s’est mis au rang des pauvres. Il se plaisait au milieu des pauvres. Mais cela ne l’a pas empêché de prendre au sérieux leur promotion humaine. Comme Il laisse vraiment homme, un être qu’il fait chrétien ou prêtre, ou religieux, comme Il était vraiment homme lui-même : artisan, citoyen fidèle à Dieu et aux hommes, rendant à César ce qui était à César et à Dieu ce qui était à son Père. Pour suivre et vivre cet aspect du Christ, nous avons à méditer et à mettre en pratique les directives de la Lettre pastorale de vos Évêques.

Frères, en ce temps de carême, et à l’occasion de ce pèlerinage avec nos chers malades, parents et amis assistant des malades, foyers connaissant des discordes, mal unis, coreligionnaires, témoins de tant de cas d’abandons religieux de vos proches, hommes d’action catholique (Légionnaires de Marie, Catéchistes, Montligion, Archiconfréries, Scholas populaires, Choristes), nous tous baptisés et confirmés présents à cette Eucharistie, ayons le cœur et les yeux ouverts sur les pauvres de notre quartier. Acquérons l’attitude et l’esprit du bon Samaritain : « Il le vit et fut touché de compassion. Il s’approcha, banda ses plaies ». (Lc.10,33)

Et vous, chers frères et sœurs malades, vous êtes des frères et des sœurs bien-aimés du Christ, car il vous a donné comme signe de lui-même aux autres : Ce que l’on vous fait c’est comme à Jésus lui-même : « J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli, nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité, prisonnier et vous êtes venus me voir ». (Mt.25,36).

Amen

Cardinal Émile Biayenda,
Homélie à Saint Pierre Claver de Bacongo,
le 12 Mars 1972


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