Mgr Anatole MILANDOU Archévèque de Brazzaville
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LA MÉMOIRE BIAYENDA


 
 
 
 

« Depuis mon expérience avec le Cardinal Émile Biayenda, j’ai retrouvée la paix du cœur »

Sœur Irène Trongako

Sœur Irène Trangako, que nous recevons comme invitée de ce mois de décembre, est membre de la Congrégation des Sœurs de Saint Joseph de Cluny. Elle est née le 19 décembre 1972, ici à Brazzaville. Elle nous dit, dans cette interview, son expérience personnelle et spirituelle, inspirée de la vie du Cardinal Émile Biayenda et son admiration pour lui.

La Mémoire Biayenda : Vous êtes née en 1972, alors que Mgr Emile Biayenda était déjà devenu Archevêque de Brazzaville, l’avez-vous connu ou, l’aviez-vous vu ?

Sœur Irène Trongako : Pas du tout ! C’est ici au couvent que j’ai commencé à entendre parler de lui, et quand je voyais ses cartes photos. C’est tout

La M.B. : Qui vous a donc parlé de lui ?

>Sr. I.T. : C’est effectivement en 1996, quand j’étais à Notre-Dame du Rosaire de Bacongo, maman Charlotte Pemba et son groupe passaient souvent à notre communauté de Bacongo et nous parlaient du Cardinal Émile Biayenda. Des séances de prière étaient organisées à cet effet. Jusque-là, tout cela ne me disait absolument rien. Mais tout de même, je partais à la prière comme tout le monde par obéissance. Je vous dis, jusque-là rien, absolument rien ne m’attirait vers lui ou me frappait. Je me disais : le Cardinal Biayenda, oui, soi-disant qu’il repose à la Cathédrale. On nous disait plein de choses sur lui, j’étais-là ?

La M.B. : Maintenant, ma sœur, dites qu’est-ce qui a fait que vous soyez accrochée au Cardinal Émile Biayenda. Peut-on connaître le secret ?

Sœur Irène Trangako

Sr. I.T. : Tout est parti, après que Maman Charlotte Pemba nous ait livré les messages reçus du Cardinal, ici à Javouhey, à propos de sa photo et sur ce que nous (communauté des sœurs) devrions nous-mêmes faire.

Au début, comme je vous l’ai dit, les messages que l’on nous donnait, ne m’intéressaient nullement. Et pourtant dans la chapelle, je m’asseyais tout juste à côté de sa photo. Je me disais toujours, ces femmes-là avec leur vision, étaient les seules à recevoir ses messages et pourtant moi aussi, tous les jours je prie à genoux devant le tabernacle.

Mais, ce qui m’avait touchée, c’est lorsqu’un jour, maman Charlotte est venue nous parler du Cardinal. Elle a commencé à nous relater de ce qu’il avait subi lors de ses quarante-quatre jours de prison. En tout cas, ce récit m’avait fait très mal. Je me suis posée mille et une questions. Pourquoi on lui avait fait tant de mal ? Petit à petit, je m’intéressais à la question du Cardinal, jusqu’au point où maman Charlotte a commencé à dévoiler notre vie quotidienne. En vérité, je vous le dis, j’ai été frappée par ce message. Elle n’était pas passée par quatre chemins pour interpeller la conscience de chacune de nous par notre façon de vivre dans la communauté ainsi que dans la société.

Elle nous disait que le Cardinal nous demande à chaque instant de nous convertir. Franchement, je vous le dis, j’ai été vraiment frappée. C’est en ce moment que j’ai commencé à faire le lien avec ce qu’il était.

Ainsi, au sortir de l’entretien que nous avons eu avec maman Charlotte, je me suis rapprochée de ma consœur, sœur Séraphine, pour lui demander si elle était en possession d’une documentation sur le Cardinal Biayenda, surtout les témoignages sur sa vie. « Oui, j’en ai », m’a-t-elle répondu. Elle m’a remis quelques numéros du journal La Mémoire, en l’occurrence celui retraçant ses 44 jours de prison, et d’autres exemplaires où il y avait des témoignages sur sa vie. C’est en ce moment que j’ai commencé à lire pour essayer de comprendre ce qu’était le Cardinal Émile Biayenda. En dehors de cela, j’ai aussi posé à sœur Séraphine des questions, pour en savoir davantage. A partir donc de cet instant, j’ai pris conscience. Pourquoi on nous avait caché tout cela. Souvent, lorsqu’on nous parle du Cardinal, beaucoup de gens ne relatent que son assassinat. Or, en dehors de cela, il y a plein de choses sur lui et un fond qui vous touche. Je ne peux pas vous exprimer ce que j’avais vécu avec le Cardinal lorsque je me suis mise à lire vos différentes publications en ma possession.

La M.B. : Donnez-nous un témoignage, un fait palpable qui vous a réellement métamorphosée ?

Sr. I.T. : Oui, mais, c’est pendant que maman Charlotte nous a parlé de lui.

La M.B. : Elle vous avait dit quoi, au juste ?

Sr. I.T. : Elle nous a transmis un message du Cardinal, d’abord sa photo que l’on devait mettre à l’entrée du grand bâtiment qui avait abrité le lycée Lumumba. Elle était revenue pour avoir le point de vue de la communauté des Sœurs. Et en plus de cela, elle a aussi transmis le message nous concernant sur notre façon de vivre dans la communauté et dans la société.

La M.B. : Dans votre vie, qui est le Cardinal Biayenda ?

Sr. I.T. : Il est mon papa « chéri ». Lorsque j’aurai un problème, je m’adresserai à lui pour qu’il intercède pour moi auprès du Seigneur.

C’est lui qui m’a aidé à sortir de ce trou profond. Sans lui, je quittais. Mais comme le Seigneur voulait que moi, l’incrédule, que je passe d’abord par son serviteur pour qu’il résolve mon problème. Voilà ce qui est fait aujourd’hui.

La M.B. : Que dites-vous à tous ceux et à toutes celles qui ne croient pas encore à la cause du Cardinal ?

Sr. I.T. : (rire). Je ne sais pas quoi leur dire. Moi, j’ai eu la chance d’avoir cette grâce. Au début de cette affaire, je ne faisais pas cas de cela. Mais, aujourd’hui, Dieu a voulu que je passe par là pour que je croie. A tous ceux et toutes celles qui ne croient pas encore, je pense qu’il faut leur imprimer beaucoup de brochures sur la vie du Cardinal. Qu’ils sachent qui a été notre vénéré pasteur qui a donné sa vie à la suite de Jésus Christ pour eux. Je vous dis : « qu’on ne nous parle pas assez profondément de sa vie. Lorsque l’on parle de lui, on ne fait uniquement allusion qu’à sa mort ». Or, le Cardinal, comme s’il savait ce qui arrivera après sa mort, il nous a laissé beaucoup de messages. Ses exhortations, ses écrits et surtout son dernier message de paix à la nation, « message d’unité et de fraternité en Dieu Père de toutes races et tribus afin qu’aucun geste déraisonnable ne puisse compromettre un climat de paix que nous souhaitons tous ? ».

Ce message, il l’a adressé non pas seulement aux chrétiens, mais à tous les hommes de bonne volonté. Donc, il faut d’abord que l’on arrive à faire ce travail, organiser des conférences dans les paroisses, des campagnes d’évangélisation et sans oublier bien sûr la prière.

La M.B. : Qu’est-ce que le Cardinal a fait pour vous pour que vous retrouviez la paix du cœur ?

Sr. I.T. : Il m’a aidé à accepter cette traversée du désert. Je préfère ne pas aller dans les détails pour ne pas exposer ma communauté. Tout ce que j’ai vécu ne relève aujourd’hui que du passé. Mais, je dis que le Seigneur a voulu que je passe par là, pour pouvoir témoigner un jour sur le Cardinal Émile Biayenda.

La M.B. : Ma sœur nous sommes arrivés au terme de notre entretien, avez-vous encore une préoccupation que nous n’avons pas abordée ?

Sr. I.T. : C’est ce que je viens de dire, ce que j’ai vécu. J’étais une personne stressée tout le temps, renfermée en moi avec une rancœur qui ne finissait pas. Je vous ai dit que je n’étais pas avec les autres comme aujourd’hui. J’étais souvent colérique, nerveuse. J’avais en moi, une force qui m’animait pour faire le mal aux autres. Depuis cette expérience avec le Cardinal, ce mal a disparu ? (Sanglot)... Je ne suis plus cette personne qui était bizarre devant les autres ?

Mon frère, je n’arrive pas à vous expliquer ce qui s’est passé exactement en moi. J’ai retrouvé la paix et la joie du cœur. Autrefois, lorsque je me mettais à vous raconter ce dont je souffrais, les larmes coulaient. J’étais étouffée. Aujourd’hui, grâce à « papa chéri Émile Cardinal Biayenda », j’ai retrouvé la paix du cœur.

Propos recueillis par
Grégoire Yengo Diatsana


 
 
 
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