Mgr Anatole MILANDOU Archévèque de Brazzaville
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LA MÉMOIRE BIAYENDA


 
 
 
 

IL Y A 35 ANS, LE CARDINAL ÉMILE BIAYENDA FUT ASSASSINÉ (2)

Suite 02

L’itinéraire du véhicule pirate passe par le quartier Mpila, plus précisément au domicile du Colonel Joachim Yhombi Opango, où sont gardés les membres de la famille du Président assassiné. Il est 17 heures.

Cardinal Émile Biayenda

« Ils le conduisirent tout d’abord chez Hanne. Celui-ci était le beau-père de Caïphe, qui était le Grand Prêtre en cette année-là. C’est ce même Caïphe qui avait suggéré aux Juifs qu’il est avantageux qu’un seul homme meure pour le peuple » (Jn 18,13-14).

Deux des occupants de la Land-Rover descendent et signalent qu’ils ont un problème mécanique avec le véhicule, il vaut mieux que le premier chauffeur soit remplacé par un chauffeur-mécanicien qui se trouvait dans la parcelle. L’essai du nouveau chauffeur montre qu’il n’y a aucun problème. Le premier chauffeur a vite compris que le but de ce voyage est douteux, il a menti pour se soustraire à la sale besogne. A la question du chauffeur-mécanicien de savoir où allait-on, il sera clairement dit et entendu par plusieurs personnes présentes : « Nous voulons aller interroger le Cardinal ». Celui-ci était calmement assis dans la voiture. C’est alors que deux ou trois membres de la famille du Président Marien Ngouabi, par curiosité, vont chercher à aller entendre ce que dirait le Cardinal Biayenda. Par manque de place dans le véhicule, un seul sera pris et le convoi a repris son voyage.

Aux principales sorties de Brazzaville, le commandement du Régiment blindé avait placé des barrages. Ainsi, à « Sans souci », un kilomètre avant le village Massengo, sur la Route Nationale N° 2, l’équipe en poste comprend : 1 Adjudant, 1 Caporal Chef, 3 Commandants. Parmi eux, il y a un chrétien qui reconnaît vite le Cardinal Biayenda, quand la camionnette s’arrête et demande le passage. A la question de savoir « Où allez-vous », le Sergent Chef Mamoye, qui est descendu du véhicule répond : « Nous avons reçu une mission de la Défense nationale, pour mener les enquêtes auprès du Cardinal Biayenda sur la mort du Président Marien Ngouabi ». Pendant qu’il reprend place dans le véhicule, le soldat qui l’a reçu s’approche du Cardinal et lui demande de quoi il s’agit. Le Cardinal lui répondit, avec son calme habituel, sa croix pectorale entre ses mains : «  Non, rien de grave !  ». Comme c’est une mission d’enquête, il autorise au Sergent Mamoye de passer. Le macabre groupe comprend :

  1. A la cabine : le chauffeur-mécanicien (civil), le Cardinal Biayenda coincé au milieu (un prélat) et le chef de bord (un militaire) ;
  2. Dans le deuxième compartiment intermédiaire : 3 militaires ;
  3. Dans le troisième compartiment avant le coffre : un militaire et un jeune civil habillé en militaire.

Soit, au total, un commando de six personnes, une victime. A la radio nationale et selon la Déclaration du Comité Militaire du Parti, il ne sera question que de ce que le « Cardinal Émile Biayenda a été enlevé et sommairement exécuté par un groupe de trois personnes appartenant à la famille du Président Marien Ngouabi ».

Dix minutes après, l’Adjudant, qui était absent, revient et reçoit le compte-rendu des faits. Il se fâche, adresse des reproches à celui qui a laissé passer le véhicule. Il lui intime l’ordre de les poursuivre avec leur B.T.R.B.P. 60, lui-même venant à bord. Arrivés au cimetière d’Itatolo, ils ne trouvent rien. Il font demi-tour et reprennent leur position de barrage ».

Hors de la ville (Jn 19,17), le véhicule continu sa route, dépasse la rivière Djiri à la recherche d’un « Golgotha » propice au sacrifice. Le Cardinal Biayenda se laisse conduire.

«  Comme une brebis, il a été conduit à la boucherie ; comme un agneau muet devant celui qui le tond, ainsi il n’ouvre pas la bouche.

Dans son abaissement, la Justice lui a été déniée, sa postérité, qui la racontera ? Car sa vie est retranchée de la terre  » (Ac 8,32-33 // Is 53,7-8).

Une fois dépassé le village Kintele, la camionnette s’écarte de la voix principale s’enfonce dans la campagne et s’arrête au commencement d’une pente. La nuit arrive vite, pourquoi aller jusqu’au sommet de la colline ? Tout le monde descend. Le Cardinal est mis d’un côté et le commando dirigé par le Sergent Chef..., de l’autre. Ils sont en face du Cardinal Biayenda. Le Sergent commence son interrogatoire : « Comment connaissez-vous Massamba-Débat ? Quels liens vous unissent ? Qu’avez-vous fait pour tuer le Président de la République ? Quelles prières faites-vous d’habitude avec Massamba-Débat ? Depuis quand fréquentez-vous le Président Marien Ngouabi, etc. ». Sans trouble ni précipitation, le Cardinal Biayenda répond à toutes les questions posées et dans ces réponses tout l’auditoire se rend compte qu’il n’y avait rien qui pouvait le compromettre. Il est innocent, à quoi bon continuer. Les bourreaux se concertent : « Qu’est-ce qu’il faut faire ? Quelle conduite tenir ? » L’un d’entre eux suggère qu’il faut repartir, c’est du temps perdu. Mais un autre, plus menaçant, nommé Kondi, s’emporte. Les autres militaires le calment, mais il continue et promet aussi la mort aux civils qui sont avec eux.

«  Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? Ta propre nation, les Grands prêtres t’ont livré à moi ! Qu’as-tu fait ?  » (Jn 18,29.35)

 

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