Mgr Anatole MILANDOU Archévèque de Brazzaville
Accueil > JOURNAL LA MÉMOIRE > 123 > Émile Biayenda, un bâtisseur de l’Église Africaine

LA MÉMOIRE BIAYENDA


 
 
 
 

Émile Biayenda, un bâtisseur de l’Église Africaine

Dès les premières années de son ministère sacerdotal, Émile Biayenda est reconnu, par ses supérieurs, ses confrères et ses fidèles, comme un pasteur plein de zèle. Le Vicaire de Ste Marie de Ouenzé (1959-1962), le premier Curé de St Jean-Marie Vianney de Mouleké et l’Aumônier national de la Légion de Marie (1962-1965), est un prêtre qui travaille dans la lumière de la foi, l’esprit de prière et de grande piété. Cependant, cet homme de Dieu si entreprenant ne se laisse jamais prendre par les dangers de l’activisme. Il sait entretenir sa vie spirituelle avec rigueur, lui dont le jardin et le poulailler donnent subsistance à la table et au compte de l’équipe pastorale.

 

Émile Cardinal Biayenda

«  Souvenez-vous de vos chefs, eux qui vous ont fait entendre la parole de Dieu, et, considérant l’issue de leur carrière, imitez leur foi. Jésus Christ est le même hier et aujourd’hui, il le sera à jamais  » (He 13,7-8).

Pendant ses années d’études de Théologie et de Sciences Sociales à Lyon (1965-1969), il parcourt la France et la Suisse, en exerçant un service d’aumônerie auprès des jeunes étudiants congolais et africains de la diaspora, en tissant des solides liens de fraternelle amitié avec des paroisses, des parents de missionnaires, des communautés religieuses et des personnalités ecclésiastiques. A son retour au Congo, tous ces liens seront mis à profit et au service de la communauté apostolique et des fidèles.

De Lyon à Brazzaville, est arrivé ce témoignage de son Directeur de Thèse, devenu, depuis lors, un de ses grands amis, M. Gilbert Blardone :

« Émile BIAYENDA, était convaincu que le prêtre africain, aujourd’hui, pour transmettre le message évangélique, devait être en mesure de partager la vie pauvre et les difficultés des populations, en animant dans les quartiers et les villages des communautés chrétiennes de base. Mais, il devait aussi être capable de répondre aux préoccupations d’une population fortement perturbée dans ses coutumes et ses traditions par les bouleversements politiques, économiques et sociaux d’après l’indépendance.

Ceux qui l’ont connu n’ont oublié ni sa foi profonde, ni son acharnement à l’étude, ni la qualité de son sourire et de son amitié. Seule sa discrétion égalait sa foi !

Pour lui, l’Afrique actuelle est à la recherche de son identité, elle ne veut pas retourner au passé mais elle n’a que faire des « modèles » et des « schémas » tracés d’avance.

Pour Émile Biayenda, l’Église d’Afrique se doit d’être le porte-parole de cette Afrique de demain, réconciliée avec sa culture, arc-boutée sur ses paysans, entraînée par sa jeunesse. C’est pourquoi, elle doit rappeler sans cesse l’éminente dignité du peuple qui est pauvre, sa place dans la société, son droit à la vie et au développement ».

L’œcuménisme au Congo Brazzaville et les communautés chrétiennes de base (doyennés)

Revenu de Lyon, il est envoyé à la paroisse Saint Esprit de Moungali.

L’Église du Congo est un chantier où les évêques et leurs collaborateurs s’activent à concrétiser les orientations du Concile Vatican II. Il rejoint M. les Abbés Barthélemy Batantu, Maurice Mbindi, Isidore Malonga, Félix Bekiabeka, Emmanuel Vindou, etc. qui animent largement le Secrétariat de la Commission de Traduction et de Culture (S.C.T.C.) de l’Archidiocèse de Brazzaville. Le bulletin diocésain «  VIE CHRÉTIENNE. Pastorale, Liturgie et Catéchèse  » est lancé dès l’année 1970. Il est édité en Français, Laadi et Lingala. C’est un mensuel qui traite des questions liturgiques et pastorales et diffuse les directives épiscopales. La direction de la catéchèse, au Centre Catéchétique, s’active également avec M. les Abbés Barthélemy Batantu, Maurice Mbindi, et Frère Jean-Marie Danis (Marianiste). Dès 1970, ils y éditent le Bulletin «  POUR TOI CATÉCHISTE  ».

L’éducation et la formation des catéchistes sont efficacement assurées. Le département de l’Enfance Missionnaire diffuse le journal « KISITO ». Le Catéchisme Biblique diocésain, intitulé « KINTUARI » prend sa place dans la formation des catéchumènes, même si certains missionnaires l’accueillent avec beaucoup de critiques.

En communion avec des responsables d’autres confessions religieuses chrétiennes : Évangélique, Salutiste, Kimbaguiste, M. l’Abbé Émile Biayenda donne naissance au Conseil Œcuménique du Congo, au mois de Janvier 1970. Il est déjà nommé Vicaire Épiscopal, chargé des Œuvres Sociales de l’Archidiocèse de Brazzaville. Il parcourt les paroisses et les communautés chrétiennes de base, pour l’animation des Doyennés.

La pastorale des vocations

Durant son épiscopat, le Cardinal Émile Biayenda fait montre d’une grande sollicitude pour l’éveil et l’entretien des vocations sacerdotales et religieuses, les maisons de formation des serviteurs et servantes de Dieu. Il insiste incessamment sur la prière pour les vocations : « Le premier à qui et avec qui nous devons parler des vocations, c’est le Seigneur lui-même, lui, le Maître de la moisson. C’est lui-même qui nous le demande et il nous indique comment nous y prendre. Le Seigneur le sait et nous le savons : c’est lui Dieu qui appelle qui il veut et quand il veut, bref en temps opportun. Mais lui-même Dieu nous fait comprendre qu’il ne veut pas choisir sans nous : par respect de notre liberté, Dieu a voulu avoir besoin des hommes. Jésus insiste fermement : « Priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson » (Lc 10,2).

Notre prière n’a pas pour but de diriger le choix de Dieu et de faire choisir à Dieu. Elle nous obtient d’avoir la lumière pour discerner et aussi bien accueillir ceux que Dieu a choisis et qui sont là, peut-être au milieu de nous, au milieu de nos paroissiens, attendant l’heure et le signal de Dieu ; ils sont dans la main du Seigneur, Esprit-Saint présent dans sa moisson ».

Il ordonne des campagnes de prière pour les vocations, il visite régulièrement les maisons de formation (Séminaires, juvénats, noviciats), et y passe la direction spirituelle individuelle ou prêche lui-même les retraites. Il publie une lettre circulaire ( N° 9/72/EB) sur les recrutements et instaure la mise en place obligatoire des commissions chargées des vocations, au niveau de la paroisse, du doyenné et du diocèse. En 1975, une autre lettre circulaire va revenir sur la pastorale des vocations.

Les ouvriers apostoliques

Le Cardinal Émile Biayenda est un évêque délicat et plein de bienveillance pour les ouvriers apostoliques. Il partage avec eux les joies et les peines de la mission évangélique. Par des sessions, des prédications, des exhortations de toutes sortes, il approfondit avec eux l’identité du prêtre, l’essentiel de la vie religieuse, l’exigence de l’engagement : « Cet engagement est exigeant : il nous demande de ressembler le plus possible au Christ que nous représentons dans la communauté, et au nom de qui nous agissons… ». Ou encore : « Le secret de notre vie sacerdotale (comme doit l’être celui de la vie consacrée et de la vie chrétienne…), c’est d’avoir cru à l’amour de Jésus-Christ, et d’y avoir répondu pour en vivre toujours... Le secret de la vie de Jésus lui-même, c’est son amour pour son Père : le Père est tout pour lui. « Le Père est en moi, et je suis dans le Père. Le Père et moi, nous sommes Un ». Partout, dans la vie du Christ, depuis l’enfance jusqu’à la mort sur la croix, c’est la quête de la volonté de Dieu ».

Devenu Supérieur des deux Congrégations religieuses laissées par Mgr Théophile Mbemba, les Frères de St Joseph et les Religieuses Congolaises du Rosaire, il va se dédier, avec générosité, à leur promotion spirituelle et matérielle. Les autres familles religieuses bénéficient de la même sollicitude quand les nécessités l’exigent ; les parents des missionnaires sont accueillis ou visités avec prédilection. De nouvelles familles religieuses arrivent aussi dans l’Archidiocèse : les Pères Salésiens, à la Paroisse Charles Lwanga de Makelekele, les Petites Sœurs des Pauvres à « Notre Maison » pour les personnes âgées, à la Cathédrale ; les Sœurs Carmélites, pour le Monastère N.Dame. Celles qui sont déjà sur place apprécient également l’esprit de franche collaboration de Mgr Émile Biayenda :

« J’ai rencontré Émile Biayenda à l’occasion de chacune de mes visites aux communautés de Voka, de Mouléké, et de Ouenzé. J’ai été, chaque fois, impressionnée par son écoute intense, son humilité si sincère qu’elle paraissait toute naturelle. Je garde aussi le souvenir de quelques mots de remerciement qui m’ont bouleversée. Je suis heureuse que sa Cause soit en bonne voie et je demande au Seigneur d’honorer son serviteur pour sa plus grande gloire et le bonheur de son peuple ».

Sœur Marie-Rénée Le Gal exprime les mêmes appréciations, quand elle confie : « Je suis arrivée à Brazzaville le 3 mars 1976, suite à la demande du Cardinal Émile Biayenda à la Supérieure Générale de la Compagnie des Filles de la Charité, à Paris, pour aider les Sœurs Congolaises de Notre-Dame du Rosaire. J’ai été très bien reçue par le Cardinal. Je puis témoigner que c’était un homme de foi, d’amour de son peuple et de tous. Toujours égal dans sa bonté sans aucune restriction. Assez longtemps avant sa mort, qu’il pressentait, son attitude a été la même. La veille de sa mort, il est venu me rendre visite comme d’ordinaire : toujours bon, calme, un véritable « Homme de Dieu », dans toute la force du terme. Notre peine a été immense : la certitude que c’était un Saint nous a aidé dans l’épreuve ».

Pour le reste, le Cardinal Biayenda a beaucoup encouragé et il a toujours participé aux sessions de formation permanente, aux retraites spirituelles des ouvriers apostoliques de son diocèse. Il a été bien récompensé par le nombre croissant des ordinations sacerdotales et épiscopales, des professions religieuses, qu’il a présidées ou concélébrées.

Les ouvriers apostoliques laïcs, en particulier les catéchistes méritent la même attention du bon pasteur. Il savait les exhorter à la formation, les réconforter dans leur deuil, ou les engager à participer à des pèlerinages ou aux travaux des Institutions de l’Église universelle. C’est ainsi qu’il a fermement soutenu M. Paul Kaya, membre du Conseil de l’Entente, lorsqu’il est nommé membre de la Commission Pontificale « Justice et Paix », le 17 juillet 1972.(...)

Abbé Albert NKOUMBOU
Texte tiré sur son livre à paraître
Cardinal Émile Biayenda : Biographie critique


 
 
 
Haut de page